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Domaine français Depuis un train qui part

juillet 2019 | Le Matricule des Anges n°205 | par Thierry Guichard

Avec le récit d’une disparition annoncée, Dominique Fabre déploie à nouveau une approche sensible du temps qui passe et nous éloigne inexorablement de tous les possibles.

Je veux rentrer chez moi

Je veux rentrer chez moi, le nouveau livre de Dominique Fabre, semble comme une suite à J’aimerais revoir Callaghan (2010), roman à peine fictionnel, dans lequel l’auteur ressuscitait la figure d’un jeune adolescent magnifique, prince du lycée où le narrateur attendait que la vie sourie enfin. Le roman, déjà, racontait comment l’existence s’acharnait à mettre de la distance entre nos souvenirs lumineux et le gris terne de nos quotidiens. Combien vivre était faire le deuil des élans de la jeunesse. Le Richard que « Dominique » vient voir à l’hôpital est le même Callaghan que dans le roman. Ou sinon, c’est son frère. Adolescent éternel brûlé à la drogue, il a été cette comète dont tous les élèves, devenus de vieux adultes divorcés se souviennent. Un garçon libre et solitaire, fraternel avec tous, mais destructeur avec lui-même. Richard porte encore, dans ses longs cheveux devenus gris, le totem de ces adolescences dont il était le phare, lui le premier à avoir connu l’amour, lui le premier à faire le mur et à filer sur sa mobylette vers des nuits qui allaient devenir toute une vie. Et l’on comprend aisément qu’au chevet de Richard, tous, copains, copines, ex-femmes et fille finissent par se rendre, quand bien même il faut rouler toute la nuit pour cela. C’est à la mort annoncée d’eux-mêmes que tous ont rendez-vous, au constat douloureux de leur impuissance à sauver ce qui a brillé, un jour, dans leurs vies.
Richard, au début du livre, ne pense qu’à quitter l’hôpital pour rentrer chez lui : dans une Normandie toujours hors cadre, où des chevaux l’attendent, seuls rêves réalisés de l’enfance. Cet abonné à la drogue ignore ce qu’il a. Il est bien le seul : le mot n’est pas prononcé de cette maladie qui va l’emporter et dont le nom, par son absence même, dit la présence. Mais ce cancer n’est pas seulement le sien : il est celui de toute une génération qui n’a pu résister à l’usure du temps, aux pressions quotidiennes, à la décomposition lente des liens d’amitié. Ce ne sont pas des vies ratées que les leurs, ce sont juste des vies qui s’éloignent. Et Dominique Fabre est le scripte de cet éloignement. Il note le regard perdu au plafond de Richard, le bleu du ciel par la fenêtre qui est une injure à la souffrance, la gare d’où les trains partent toujours à l’heure et où il regarde la vie s’organiser entre SDF et étudiants que les parents déposent en début de semaine. Une géographie des détails succède à la fraternité quasi muette dans la chambre où la mort tisse sa toile.
Il est aussi, Dominique Fabre, le scribe de ce passé perdu : les souvenirs affluent et vont jusqu’à nourrir les rêves qu’il fait la nuit, rue des Rentiers où les Africains palabrent jusque tard. Il se souvient, l’écrivain, des demis bus avec Richard dans des bars sans gloire : « où les histoires qu’on entend ont la couleur des reflets sur les comptoirs. Parfois, ce n’est pas très propre à regarder, il y a des taches de doigts. » Mais c’est le temps surtout après lequel les phrases courent, certaines de ne jamais parvenir à le rattraper : « Oui, le temps est vite passé, cet après-midi-là. La vie aussi est vite passée, si on va chercher par là. » Des phrases jetées comme des navires de papier dans le caniveau des rues ou comme les cailloux du Petit Poucet afin qu’on puisse peut-être un jour retrouver la trace de ce qui a disparu. Et c’est bien là le rôle de l’écrivain que de tenir le registre de ces moments que la mort voudrait effacer. Dominique Fabre semble écrire depuis le compartiment d’un train qui toujours s’éloigne.

T. G.

Je veux rentrer chez moi, de Dominique Fabre
Stock, 152 pages, 17

Depuis un train qui part Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°205 , juillet 2019.
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