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Domaine français Partition d’une émancipation

septembre 2019 | Le Matricule des Anges n°206 | par Eric Bonnargent

Avec cette saga familiale qui débute au sortir de la Grande Guerre, Isabelle Flaten nous décrit un monde en mutation.

Comme son père, son grand-père et son arrière-grand-père avant lui, Adelphe Delalande est pasteur. Non pas un pasteur dogmatique, mais un pasteur libéral qui rêve d’œcuménisme, au point de recommander à ses fidèles d’aller de temps en temps à l’église voir ce qui s’y passe. Il faut dire que ce qui caractérise Adelphe est peut-être moins l’ouverture d’esprit en tant que telle que le doute. Adelphe doute de tout, parfois même de sa propre foi et, pour ne pas sombrer totalement dans un océan d’incertitudes, se raccroche à quelques convictions pas toujours très solides. Lorsque le livre s’ouvre, Adelphe vient de lire un roman que lui a offert la belle Gabrielle, l’une de ses fidèles : Nêne d’Ernest Pérochon. Publié en 1920 et succédant à À l’ombre des jeunes filles en fleur de Proust au palmarès du Goncourt, Nêne, livre aujourd’hui oublié qui raconte les amours platoniques d’une bonne pour son maître, est l’épicentre du roman d’Isabelle Flaten qui est aussi un roman sur l’influence de la littérature sur nos vies.
Si chaque personnage va lire à un moment ou un autre ce livre – pour le meilleur ou le pire – et y trouver ce qu’il veut bien y trouver, Adelphe, lui, pressent l’importance de sa lecture, mais sans trop savoir quoi en penser : « quelque chose soudain se brouille devant son miroir, un reflet qu’il entretenait lui aussi avec soin, la douce image d’un homme prêt à certaines contorsions pour poursuivre sa petite idée d’un monde sans aspérités. C’est comme s’il avait trébuché quelque part, mais où ? L’entorse est là, il la sent, une gêne invisible à l’œil nu, une boursouflure interne qui l’oblige à détourner le regard. » Jeune veuf trentenaire et progressiste, il utilise Nêne pour apprendre à lire à Blanche, sa bonne, qui va s’identifier au personnage éponyme de Pérochon.
Dès lors, tout s’embrouille. Adelphe devient l’amant de Gabrielle, militante féministe qui dirige l’entreprise de son mari et ose fumer en public. Lorsqu’elle le quitte, Adelphe épouse Blanche qui lui donne un fils : Jacques. Une question le taraude cependant : la petite Cécile à laquelle Gabrielle a donné naissance neuf mois après leur rupture ne serait-elle pas sa fille ? Redevenue sa maîtresse après la mort de Blanche dans des conditions éprouvantes, Gabrielle continuera de le nier. Les années passent, une nouvelle guerre mondiale éclate, les enfants qui ont eux aussi lu Nêne s’en vont vivre leur vie avant de revenir sur le tard et… de tomber amoureux l’un de l’autre. Adelphe est vieux, malade et ne peut plus rien, ou presque contre ce possible inceste.
Isabelle Flaten brosse avec autant d’intelligence que de sensibilité le tableau d’une époque charnière pour l’émancipation où les femmes qui sortaient à peine des usines, et dont les modèles étaient Marie Curie ou Edith Warthon, ont commencé à se révolter contre l’ordre phallocratique. Afin d’éviter l’écueil du dogmatisme, Flaten a choisi pour personnage principal un homme, un homme qui a parfois du mal à comprendre les revendications des femmes qui l’entourent, mais qui est suffisamment habile et cultivé pour les accepter et les soutenir autant que possible.

Éric Bonnargent

Adelphe, d’Isabelle Flaten
Le Nouvel Attila, 213 pages, 18

Partition d’une émancipation Par Eric Bonnargent
Le Matricule des Anges n°206 , septembre 2019.
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