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Arts et lettres Retour sur images

novembre 2019 | Le Matricule des Anges n°208 | par Valérie Nigdélian

Dans la Cité des anges du début des années 1980, les retrouvailles des Cahiers du cinéma et d’Hollywood : un voyage passionné et passionnant.

Los Angeles, 1982 : sous un soleil hivernal, quatre fous d’images débarquent sur la terre mythique du cinéma US. Autour de Serge Toubiana, qui vient de succéder à Serge Daney au poste de rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, les deux critiques – et futurs cinéastes – Serge Le Péron et Olivier Assayas, et « la présence tranquille » de Raymond Depardon, chargé de réaliser un reportage photo de cette grande traversée du cinéma américain. Le projet est à la fois simple et ambitieux : renouer des liens plus que distendus avec les premières amours des Cahiers, ce cinéma hollywoodien longtemps méprisé, faire un état des lieux de l’industrie du film made in USA – ce qui donnera lieu à deux numéros éponymes dans la revue à leur retour à Paris. Et relancer des Cahiers sortis exsangues de leur période « politique », asséchés par l’engagement radical post-68 et la parenthèse maoïste des années 1972-1974. Descendue au très rock’n’roll Tropicana Motel, « un peu l’équivalent du Chelsea Hotel à New York », leur petite équipe est mobile, curieuse et affamée, mue par le sentiment d’un immense retard à rattraper, d’un indiscutable « manque de discernement » à effacer, et d’un territoire à reconquérir. De Cassavetes à Scorsese en passant par Eastwood ou Bogdanovich… de réalisateurs taiseux ou jouant les divas en producteurs mégalos, d’acteurs « maladivement timides » en techniciens déjantés… tout ce que compte ce « Nouvel Hollywood » trop longtemps ignoré par la revue, les deux Serge et Assayas vont tenter d’en dresser le portrait.
Le journal de voyage tenu par Assayas retrace au jour le jour cette immersion fiévreuse, électrique et « sauvage » dans ce microcosme où l’on vit, respire, mange cinéma, où l’on « parle comme une machine enrayée de ce qu’on a vu, de ce qu’on va voir et de ce qu’on devrait voir ». Les journées passées au téléphone à négocier des interviews, les trajets interminables d’un bout à l’autre de la ville, les pannes et les ratages… Les portes qui restent désespérément fermées malgré l’aura « Cahiers  » et celles qu’on ouvre à force de patience et d’effort… Les soirées chez les uns et les autres aussi, dans cette communauté de passionnés qui, « dans l’ensemble, (…) ont l’air aussi malheureux et introvertis que les cinéphiles parisiens ». Et la boulimie de cinéma qui ne s’interrompt jamais au long de ces journées trépidantes : dans ces « salle(s) de Hollywood Boulevard où l’on redoute d’être dévoré par les puces », chaque jour un film – navet ou chef-d’œuvre, peu importe, tant comptent d’abord l’expérience, l’ouverture, la découverte.
Car s’il est question de rattraper le temps perdu, il s’agit aussi d’interroger le présent, et l’avenir. Balbutiement des nouvelles technologies dans les studios Zoetrope de Coppola à San Francisco, qui tente d’inventer un « incertain “cinéma électronique” », développement des effets spéciaux chez Lucasfilm où Toubiana, Le Péron et Assayas découvrent tels des gosses émerveillés les maquettes de Star Wars ou de L’Empire contre-attaque au fond de placards à balais, production de blockbusters en masse… Alors que les coûts de production et de distribution connaissent une croissance exponentielle, alors que se généralisent les nouveaux moyens de diffusion à domicile et qu’il devient de plus en plus difficile de rentabiliser un film, c’est l’économie du secteur qui est bouleversée. Dans cette période charnière où l’industrie prend le pas sur la création (« Dans le journal, un événement fait la une : Columbia a été racheté par Coca-Cola, ça nous fait rire »), à la veille du grand basculement et de « la prise du pouvoir par les avocats et le marketing », les trois critiques s’interrogent : quelle place pour la singularité créatrice ? « Comment sauver et pérenniser un cinéma d’auteur, libre, au sein de Hollywood ? »
À cette course effervescente dans « la plus grande palmeraie du monde », les photos noir et blanc de Depardon apportent un contrepoint majestueux. Avec leurs grands aplats de béton, leurs affiches géantes et les flèches verticales des palmiers sur fond de ciels vides, elles questionnent, silencieuses, l’espace déshumanisé au cœur du mythe.

Valérie Nigdélian

LA 82, d’Olivier Assayas et Raymond Depardon,
Le Seuil, 224 pages, 32 

Retour sur images Par Valérie Nigdélian
Le Matricule des Anges n°208 , novembre 2019.
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