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Revue Se donner la patte

mars 2020 | Le Matricule des Anges n°211 | par Gilles Magniont

Une magnifique revue pour creuser les troubles du frôlement entre l’homme et le Fauve.

Billebaude N°15

Saint Jérôme prit en pitié l’animal blessé, et sut le domestiquer. Mais est-ce bien cette histoire consacrée que relate le tableau renaissant de Liberale da Verona, et que penser du regard de ce lion ? À vrai dire, dès lors qu’il y est question des bêtes, on s’épuise en conjectures, et le langage n’aide guère, comme le souligne en 1973 Pierre-Louis Duchartre, dans son Dictionnaire de la chasse  : « Fauve en qualité d’adjectif est un bon exemple des mots qui, à force d’avoir été gonflés de sens différents, ont éclaté. » C’est précisément cet éclatement qu’entreprend de comprendre et représenter ce numéro de Billebaude, émanation de la Fondation François Sommer, ou « Maison de la Chasse et de la Nature ». Artistes, savants, écrivains…, tous ici veulent approcher ces mots et ces créatures qui se dérobent, imprègnent l’imaginaire populaire mais manquent le plus souvent à notre expérience directe, et dont l’appellation même semble hésiter entre humanité et animalité, puisque l’odeur fauve est parfois très partagée – la revue porte alors en titre le singulier Fauve, pour marquer sans doute qu’on s’attachera à un concept ondoyant plus qu’à la déclinaison des espèces. Michel Pastoureau décrit en ce sens un curieux virage sémantique : fauve désigna d’abord des variantes de jaune, et par métonymie la robe des chevaux ou bovins, avant de s’extraire de nos pâturages. « Au XIXe, un fauve n’est plus tant un animal dont le pelage présente une certaine coloration qu’une bête sauvage, de grande taille, féroce, carnivore et dangereuse », violence dont se souviendra un critique lorsqu’il s’agira de rendre compte de l’« orgie de couleurs » des fauvistes.
Ces presque cent pages savent jouer de leur grand format pour former de beaux agencements : ainsi « La Panthère » du Jardin des Plantes immortalisée en 1902 par Rainer Maria Rilke (Son regard, à force d’user les barreaux / S’est tant épuisé qu’il n’en retient plus rien), à proximité de cartes postales sépia, et d’un texte de Jean-Christophe Bailly évoquant cette « sublime et inatteignable douceur ». Atteindre un peu l’animal, le rencontrer, c’est pourtant l’entreprise dont fait ici état un photographe absorbé à prendre de fascinants clichés du lynx dans les montagnes du Jura, ou un anthropologue collaborant avec des pisteurs africains – et découvrant qu’un fourmillement sous les aisselles les avertit du danger, « manière de reconnaître la présence des lions dans leurs corps ». Au fil d’un long entretien, le philosophe Baptiste Morizot élabore l’idéal de cette (re)connexion : rompre avec la pensée et la théologie classique comme avec le freudisme, « détordre notre imaginaire », c’est-à-dire extraire le fauve de nos rêves de sexe, de violence ou d’authenticité. Alors intelligible et impensable, parent et alien, voilà cet oxymore sur pattes débarrassé de nos fantasmes de toute-puissance, et bien loin du jaillissement incontrôlé qu’on lui prête, semblable peut-être par la patience, le contrôle, la persévérance, le désir apprivoisé, « toute cette danse furtive et maîtrisée par laquelle la panthère est arrivée juste derrière vous ».
Gilles Magniont

Billebaude N°15 (Fauve), 98 p., 19,90

Se donner la patte Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°211 , mars 2020.
LMDA papier n°211
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