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Domaine étranger Portrait des régimes autoritaires

juillet 2020 | Le Matricule des Anges n°215 | par Thierry Guinhut

Le diagnostic édifiant d’Alaa El Aswany embrasse toutes les dictatures.

Le Syndrome de la dictature

Dénoncer le despotisme n’est pas chose aisée parmi le monde arabe, tant il est lié à celui religieux. En 1902, le Syrien Abd al-Rahmân al-Kawâkibî faisait ce constat dans Les Caractéristiques du despotisme et la lutte contre l’asservissement (Sindbad, 2016), avant d’être empoisonné par les agents du Sultan égyptien. C’est en cette tradition, hélas minoritaire, que s’inscrit Alaa El Aswany pour s’attaquer au Syndrome de la dictature, écrit et publié prudemment en anglais et à Londres en 2019.
L’on connaissait le romancier satiriste, non sans tendresse, de L’Immeuble Yacoubian, qui radiographia la vie des Cairotes et obtint un succès mérité en jouant avec le réalisme social et les mœurs sexuelles de ses personnages. Talent narratif et sens du portrait ne l’empêchent pas d’être un essayiste politique informé, un polémiste vigoureux. Il avait commis en 2011, mais en arabe, un volume d’une vingtaine d’articles : Extrémisme religieux et dictature. L’argumentation se développe avec une rigueur implacable dans Le Syndrome de la dictature. Une dizaine de parties guident le lecteur de la définition de ce « syndrome » à l’association de « l’esprit fasciste » avec le « terrorisme », jusqu’à la « prévention », soit « la séparation de la religion et de l’État », puis un « scepticisme salutaire ».
Ce n’est pas que le fait du tyran : « Comment des traces d’attitudes dictatoriales s’immiscent-elles dans le comportement du citoyen de tous les jours ? » Ainsi la foi en la propagande se vit déçue lorsque Nasser, en 1967, attaqua Israël pour essuyer une brusque défaite, ce qui ne détourna pas le peuple de le confirmer au pouvoir. Il est fait alors allusion au principe de la « servitude volontaire », analysé par La Boétie. Corruption, brevet d’obéissance pour obtenir un poste, presse stipendiée, tout concourt à la doxa autoritaire et à sa « contradiction entre ce qui est annoncé et la vérité ». S’ensuivent des exemples de brutalités tyranniques, du monde arabe à l’Afrique et au-delà. Les « théories du complot » prospèrent, comme celle des Protocoles des sages de Sion, un faux notoire, qui nourrit l’antisémitisme, d’Hitler aux pays arabes. L’on stigmatise les « conspirateurs », l’étranger ou l’impie. À ces manipulations s’adossent la répression et la « déshumanisation ».
De la nationalisation de la presse, au service d’une « vision unique pour tous », à la censure, tout ressemble à l’Allemagne nazie, à l’Union soviétique, aux « dictatures religieuses », d’Iran, d’Arabie saoudite. Les exemples de livres et de films attaqués pour « offense à Dieu » abondent. Sans oublier des souvenirs personnels, comme lorsqu’étudiant, il entendit un professeur de chimie barbu jurer de faire échouer quiconque « est communiste ». La militarisation de la société devient évidente « car une hiérarchie semblable à celle de l’armée était partout en place ». Tout aboutit au « démantèlement du milieu intellectuel », comme pour Thomas Mann ou Soljenitsyne, sauvé par l’exil, ou jeté au goulag, par les régimes de leurs pays. En revanche, pensant à García Márquez et Castro, « il est indécent qu’un grand écrivain soit l’ami d’un tyran », un « intellectuel mercenaire », comme ces auteurs égyptiens adulant le piètre écrivain que fut Kadhafi.
Étudiant la tradition dictatoriale comme une maladie, une « hypnose de masse », le réquisitoire d’Alaa El Aswany, dont les œuvres furent bannies d’Egypte en 2014, dépasse largement la perspective égyptienne, nourri d’anecdotes étonnantes, par exemple sur Saddam Hussein, et de portraits psychologiques des tyrans. C’est une plaidoirie en faveur de la liberté politique. Sachant que notre essayiste a déjà été inculpé de « diffamation des institutions de l’État », l’on en déduit à quelle portion congrue la liberté d’expression est réduite.

Thierry Guinhut

Le Syndrome de la dictature,
d’Alaa El Aswany
Traduit de l’anglais (Égypte) par Gilles Gauthier,
Actes Sud, 208 pages, 19,80

Portrait des régimes autoritaires Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°215 , juillet 2020.
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