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Domaine français Tectonique à côté de la plaque

septembre 2020 | Le Matricule des Anges n°216 | par Guillaume Contré

Laurence Boissier propose une excursion drolatique et plus profonde qu’il n’y paraît dans les Alpes suisses. Les pentes sont raides, et en observant le monde depuis cette hauteur, on peut reconstruire l’histoire de la Terre.

Histoire d’un soulèvement

La montagne, ça vous gagne », dit-on. Ce n’est peut-être pas tout à fait vrai pour la protagoniste de ce roman justement montagnard, dans lequel on parcourt (on gravit péniblement) le dénivelé non négligeable des Alpes suisses. Cette Histoire d’un soulèvement n’est pas un livre d’histoire ou un récit politique, il n’y est pas question de révolutions, mais d’un autre genre de soulèvement, plus long et plus durable. C’est la longue histoire des plaques continentales qui est au cœur de ce livre, leurs dérives, leurs entrechocs, les couches de roches qui s’empilent les unes sur les autres et finissent par former des territoires particulièrement froissés, telle la Suisse (laquelle, selon ce qu’affirme un personnage secondaire, s’étendrait jusqu’à l’Oural si jamais on la repassait).
Sous la forme d’un journal tenu par un personnage qui porte le même nom et ressemble certainement de près à l’auteure du livre, le récit aborde dans le détail une semaine passée à suivre un guide de montagne aussi excentrique que déterminé, pour qui la randonnée ne sert pas seulement à souffrir des mollets et à découvrir des paysages insoupçonnés (ceux qui, depuis le sol, se perdent dans l’azur ou la brume), mais à récapituler l’histoire même de la Terre. La montagne, après tout, est un véritable atlas des mouvements tectoniques, une sorte de palimpseste où le passé ne cesse d’être visible, couche après couche, fossile après fossile, pour qui sait regarder.
La narratrice apprend tout cela malgré elle. « Comment le mental pourrait-il compenser mes années de paresses ? » s’interroge-t-elle alors qu’elle est une fois de plus à la traîne et que les autres membres du groupe, certainement plus expérimentés, avancent d’un bon pas. « Pour ma défense, poursuit-elle, je souffre d’un vrai blocage psychologique par rapport au sport ». S’ensuit l’histoire de son professeur de gymnastique, monsieur Barre, dont le patronyme n’augure rien de bon. Le livre alterne en effet le récit détaillé de la randonnée avec divers souvenirs plus ou moins montagnards de la protagoniste (les premiers cours de ski ; les chalets pas toujours élégants dans lesquels elle et sa petite famille se seront installées lors des diverses réitérations de ce rituel nommé « vacances d’hiver »).
L’histoire de la Terre (et par conséquent, celle de la Suisse), faut-il vraiment s’en étonner, n’est pas de tout repos. On pourrait même dire que ce n’est qu’une interminable litanie d’extinctions, de déferlements volcaniques et autres météorites trop pressées de s’écraser sur notre globe bien fragile. « Je n’ai jamais entendu parler du Trias. Prise en sandwich entre deux extinctions de masse, la période a souffert d’un très mauvais départ et d’une fin tout aussi horrible. Certaines espèces n’ont émergé douloureusement de l’enfer volcanique de la fin du Pernien seulement pour disparaître à la fin du Trias. » Le guide leur raconte chaque soir, après une exténuante journée de marche sur des pentes dont le pourcentage semble défier les lois de la gravité, un épisode de cette passion qui a connu plus d’une douzaine d’étapes et n’en est pas moins sanglante que l’autre. « Tu exagères un peu, non ? dit au guide un des randonneurs, si le Trias avait été aussi dramatique, Steven Spielberg en aurait fait un film ».
« En brossant un tableau aussi sombre, le guide veut sans doute que nous nous rendions compte de la chance que nous avons d’être frigorifiés dans cet humide trou », se dit la narratrice car, malheureusement pour elle, qui semble avoir du mal à abandonner le concept de confort, les nuits du petit groupe ne se déroulent pas toujours dans d’agréables gîtes, il leur faut aussi dormir dans des grottes ou quasiment à la belle étoile.
La voici qui a l’impression de vivre « une avalanche intérieure » alors que ses camarades font mine de l’abandonner dans une quelconque cavité, lassés qu’ils sont de ses jérémiades et autres ampoules. Il n’en faudra pas plus pour qu’elle se moque du surcroît de sagesse qu’est censée apporter l’expérience montagnarde : « Tout le monde est zen en montagne. Tout le monde est philosophe. La montagne, ça rend profond. Et si tu n’es pas profond, tu ne viens pas en montagne. C’est réservé, ici, aux gens qui ont compris le sens de la vie. Ceux qui n’ont rien compris, ils restent en plaine. »
Mêlant histoire géologique et paysages qui défilent, vaudeville (on n’échappera pas aux histoires de coucheries parmi les membres du groupe) et métaphysique contrariée, cette Histoire d’un soulèvement fait se rejoindre l’infiniment grand et les petites misères quotidiennes dans un tableau réjouissant qui se boit comme du petit-lait. Qu’on aime ou pas la montagne, on saura apprécier le voyage.

Guillaume Contré

Histoire d’un soulèvement
Laurence Boissier
Art&fiction, 248 pages, 14

Tectonique à côté de la plaque Par Guillaume Contré
Le Matricule des Anges n°216 , septembre 2020.
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