La rédaction Guillaume Contré
Articles
Refermer l'habitacle
Dans ce récit sombre et lyrique d’un homme retranché dans sa voiture, Arno Calleja nous donne à lire un magnifique roman de poète.
Avec ce roman centré sur un personnage qui s’enfonce dans une solitude radicale tandis que le monde se délite à bas bruit, presque par inadvertance – comme s’il s’agissait d’une fatalité ne pouvant être observée que du coin de l’œil, au rythme d’un temps qui « est lent et dans du ciment » –, Arno Calleja propose son projet le plus ambitieux à ce jour, une grande forme où la langue trame avec une simplicité désarmante des images puissantes, aussi claires que troublantes.
Manuel, anti-héros « mal appliqué » à la vie, a paradoxalement quelque chose d’héroïque dans sa manière de se replier...
Ars poetica
La publication posthume du journal de Daniel Fleury, auteur de deux romans à l’imagination débordante, est une passionnante exploration de l’atelier d’un écrivain secret.
Écrire de nos jours de manière ostensiblement “littéraire” est un acte politiquement révolutionnaire », note le 14 mai 2017 Daniel Fleury (1947-2023) dans l’une des entrées du journal qu’il aura tenu avec une fébrile inconstance durant les sept dernières années de sa vie. Il s’y définit comme un « écrivain inexistant » ; un écrivain, du moins, qui aura peu publié : après un premier livre...
Histoires de cinéma
Avec ce livre riche en anecdotes, Luc Béraud raconte son expérience d’assistant réalisateur auprès de Rivette, Duras et Robbe-Grillet.
Dans le cinéma, avoir de l’argent ou pas définit bien des choses. L’imaginaire des réalisateurs doit composer avec cette limitation. Le cinéma le plus créatif est souvent, selon une logique perverse, celui qui a le moins de moyens. Cela impose de maîtriser l’art des bouts de ficelle et souvent, pour les membres de l’équipe technique, d’être sur tous les fronts et de ne pas se limiter à leur...
Des livres
Diamétralement modernes. Poètes francophones d’Amérique latine
de
Emilien Sermier
Horizon carré
de
Vicente Huidobro
Orogénie. Et autres poèmes français
de
Alfredo Gangotena
Entre deux rives
Émilien Sermier, dans un essai très renseigné doublé d’un travail d’édition des œuvres de deux poètes que nous avons eu le tort d’oublier, nous rappelle que la poésie d’Amérique latine s’est aussi écrite en français.
Paris fut longtemps, non sans dédain parfois, la capitale littéraire de l’Amérique latine. On pourrait élaborer une histoire de la littérature en espagnol (et dans une moindre mesure en portugais) écrite à Paris depuis le XIXe siècle. Car la littérature latino-américaine est aussi faite de cette distance : nombre de ses grandes œuvres auront été produites autre part, où l’on parle une autre...
Écrire le seuil
À travers un dispositif formel ambitieux et un subtil travail de l’image et de l’éclatement de la langue, Julien Boutonnier fait vertigineusement face à la littérature de l’Holocauste.
Le deuil est une coupure, mais c’est aussi un seuil. Que l’on se trouve d’un côté ou l’autre de la coupure, le seuil reste là, car le deuil est aussi ce qui est escamoté lorsque le « s » devient « d » et que l’« euil » ne voit plus sur le seuil que le vide même du deuil. Le deuil serait donc cette frontière où disparaissent le sens, le réel, les perceptions qui les accompagnent et les mots...




