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Domaine étranger Péché mortel

mars 2021 | Le Matricule des Anges n°221 | par Valérie Nigdélian

Voyage dans les profondeurs, de l’âme et des États-Unis : le Sud mythique et maladif de Shelby Foote, désespérément immobile.

J’avais cinquante et un ans ; je revoyais ma vie, semblable à une longue route droite, sans un seul tournant, sans dos d’âne, de sorte que, de n’importe où, je pouvais voir distinctement jusqu’au bout. » Et soudain, le virage, celui qui coupe votre vie en deux sur fond de trompettes de l’Apocalypse : jeune, bien en chair, les cheveux couleur maïs et « plus douce que l’huile ». Histoire somme toute classique que ce vieux démon de midi empoignant un homme par le bas du ventre, soufflant le désir comme une fournaise infernale et teintant de couleurs incandescentes une vie morne et grise. Classique, l’histoire l’est un peu moins quand l’homme éperdu, rattrapé par le sentiment de la faute, décide d’assassiner sa belle pour pouvoir rentrer au bercail… S’inspirant d’un fait divers qui défraya la chronique dans la petite communauté blanche de Greenville (Caroline du Sud) en 1941, Shelby Foote trouva dans ce crime passionnel matière à écrire son deuxième roman. Follow Me Down, son titre original, dit peut-être mieux que ce Tourbillon le projet de l’auteur : plus qu’à la description d’une perturbation (factuelle comme intérieure), c’est à une descente dans les profondeurs qu’il invite le lecteur. Pour cela, passer, de chapitre en chapitre, d’un narrateur à l’autre : façon de multiplier les points de vue, les perspectives et les langues – façon de ciseler, comme Foote l’affirmait, les facettes d’un sombre diamant.
On entre par la grande porte : tout est déjà arrivé, Beulah est morte noyée, son corps a été retrouvé avec « deux gros blocs de ciment attachés à la gorge », et Luther arrêté. La tragédie est déjà jouée. Alors, du greffier qui relate les minutes du procès au journaliste qui couvre l’affaire, de l’avocat qui assure la défense du coupable au récit du témoin clé, on descend. Marche après marche on s’enfonce, pour s’approcher du nœud brûlant de l’affaire. Ce voyage vers l’intériorité – celle de l’assassin, celle de la victime – est aussi un voyage dans le temps : un retour, d’abord aux faits, à leur inéluctable déroulé et leurs troubles motivations, et plus loin encore, à des siècles de souffrance, de défaite et de culpabilité. Dans ce monde éteint, écrasé par le poids de la religion et malade de désir, l’histoire se répète. Et c’est une histoire biblique : celle de la Chute, celle d’un fragile paradis originel inexorablement souillé par le mal et le sang. L’île où Luther et Beulah se réfugient, lui « vieil Adam », elle palpitante Ève, a beau ressembler au « monde tel qu’il était avant que Dieu ait fait des créatures pour y marcher » et que « le Serpent soi(…)t venu(…) le corrompre », elle ne peut être qu’une parenthèse : « Tout le monde doit s’en retourner. On peut emmener une fille dans une île, mais on ne peut pas y rester. On peut la noyer et s’en aller seul dans la nature sauvage, mais on ne peut pas y rester. On doit, de toute façon, s’en retourner. »
Après ce chant sombre comme une nuit sans lune, où la voix de Dieu se confond avec celle de Satan, où le plaisir charnel se vit comme une prière et où le meurtre répond à la quête de rédemption, Luther entame donc lui aussi fatalement son chemin de retour, sous un soleil brutal et un ciel vide, sa bible toujours à la main. Et avec lui Foote nous ramène peu à la surface, jusqu’au verdict final. Dans cette longue boucle parcourue, rien pourtant n’aura véritablement changé : sur l’eau miroitante un temps troublée, les étoiles brillent de nouveau, imperturbables et silencieuses.
Rien que de très prévisible finalement, comme l’est aussi ce roman habile, mais un peu engoncé dans son projet, disant la flamme, mais ne la traversant pas. C’est peut-être cela qu’entendit signifier Faulkner lorsque, de passage à Greenville pour une séance de signature, il glissa à Foote que Follow Me Down était un bon roman… avant d’ajouter, l’œil perçant : « Faites mieux la prochaine fois. »

Valérie Nigdélian

Tourbillon
Shelby Foote
Traduit de l’américain par M.-E. Coindreau et H. Belkiri-Deluen
Gallimard, 400 pages, 21 

Péché mortel Par Valérie Nigdélian
Le Matricule des Anges n°221 , mars 2021.
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