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Théâtre E viva Italia !

avril 2021 | Le Matricule des Anges n°222 | par Patrick Gay Bellile

Un magnifique ouvrage montre la vitalité du théâtre italien contemporain, espace de liberté, d’exigence et de résistance.

Le Théâtre italien en résistance : 1990-2020

Dans la collection « Les cahiers de la Maison Antoine Vitez », les éditions Théâtrales publient ce qu’il faut bien appeler une somme concernant la scène théâtrale italienne contemporaine. Une somme qui n’est pas seulement l’addition d’extraits de textes visant à donner un aperçu de ce qui s’écrit et se publie aujourd’hui en Italie, mais aussi et tout à la fois une histoire de ce théâtre, une mise en perspective le replaçant en permanence dans le contexte politique qui l’a vu naître et un point de vue complet et passionnant sur un art qui dans un monde bouleversé vit se développer une forme de théâtre pauvre, ne nécessitant la présence que d’une chaise et d’un comédien pour nous raconter le monde comme il va.
Et ce monde est loin d’être calme : traversant les années de plomb, voyant se succéder Silvio Berlusconi puis Matteo Salvini, le théâtre est devenu dans ces années-là un pôle de résistance, le lieu vivant d’une dénonciation et d’une lutte, mais aussi le développement d’une forme particulière de théâtre, le théâtre-narration ou théâtre-récit. En particulier parce que les financements publics baissant peu à peu, les grandes mises en scène devenaient impossibles en plus d’être obsolètes. C’est un théâtre qui redonne la primauté au texte après une ère de teatro di regia qui plaçait le metteur en scène au centre du spectacle. Et des textes il y en a dans ce volume : 56 extraits de pièces de 46 auteurs différents, classées en fonction de sept grandes thématiques, (une histoire dans l’histoire, migrations, combats, genre, mythes, famille/couple, vieillir, mourir peut-être). Mais aussi les biographies des différents auteurs, des photos de spectacles, des points de vue de metteurs en scène, et un ensemble de petites notes permettant au lecteur de replacer ces textes dans leur contexte.
Il faut bien se réjouir de la richesse de ce théâtre et des expériences qu’il a menées : ainsi du mouvement des théâtres occupés dont le Theatro Valle Occupato que nous raconte Fausto Paravidino. Ou l’expérience remarquable menée depuis treize ans par le metteur en scène Fabio Cavalli dans la prison de Rebibbia à Rome où une troupe s’est constituée avec des condamnés à de très lourdes peines. Un travail exigeant, régulier, et qui produit ses effets puisque Rebibbia est le septième théâtre le plus fréquenté de la capitale romaine.
Ce qui frappe tout d’abord, c’est que la combativité de ces pièces s’accompagne d’un travail d’écriture toujours exigeant. Placé sous le patronage de Dario Fo, l’acteur devient dans ce théâtre le porteur de paroles, celui qui dénonce l’injustice ou bien l’absurdité du monde. Mais il ne s’agit jamais de faire la morale ou de prêcher : l’humour et la poésie sont, à côté de l’engagement, les moteurs éternels de ce théâtre de dénonciation. Il serait bien évidemment trop long de citer toutes les pièces, mais peut-être s’attacher tout de même à quelques-unes. Ménélas de Davide Carnevali qui pose une terrible question : après avoir tout gagné lors de la guerre de Troie, Ménélas de retour chez lui, n’est pas heureux. Pourquoi ? Gênes 01 bien sûr, de Fausto Paravidino, qui revient sur le sommet du G8 en 2001 marqué par des manifestations d’opposants et par une répression policière d’une violence inouïe. Mais aussi Abysses de Davide Enia sur les migrations et le drame de l’île de Lampedusa : « On ne trouve dans son texte aucun plaidoyer politique, aucune prise de position, mais une simple description d’une réalité puissante, souvent insupportable, implacable toujours, qui le laisse et nous laisse seul.es avec notre conscience » (Olivier Favier).
Il y a dans ces différents récits, dans ces paroles en action qui vont de l’avant et toujours questionnent, une envie, un besoin de s’emparer des grincements, des failles, des abîmes qui parcourent le monde d’aujourd’hui et le menacent en permanence d’effondrement. Et tous ces extraits donnent envie bien sûr de lire les textes en entier, de se rapprocher de ce théâtre où la chair vibre et nous entraîne. Le bilan de ces trente années dont Olivier Favier dit qu’elles « resteront sans nul doute comme l’une des plus belles saisons de la dramaturgie italienne » est pourtant un peu amer. C’est Paravidino qui l’énonce : « Notre expérimentation était totalement à contre-courant. On ne proposait pas une bonne façon de faire de l’argent, on proposait une bonne façon de construire de la citoyenneté. Et ça, aujourd’hui, c’est une insulte. » À méditer et à prolonger par-delà les frontières…

Patrick Gay-Bellile

Le Théâtre italien en résistance : 1990-2020
Sous la direction d’Olivier Favier et Federica Martucci
Éditions Théâtrales, 528 pages, 24

E viva Italia ! Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°222 , avril 2021.
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