La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine étranger Sous le plafond de verre

mai 2021 | Le Matricule des Anges n°223 | par Thierry Guichard

Dans son quatrième roman, Gilles Moraton ébauche le portrait d’une société étouffante et mollement autoritaire. Si proche cependant de la nôtre…



Le narrateur de Marconi en personne appartient à la confrérie des solitaires insomniaques, de ceux qui à l’instar de Shéhérazade parlent pour repousser les ténèbres. Habitant seul un appartement des nouveaux quartiers grâce à sa « capacité d’allégeance à la nouvelle gouvernance et (son) respect des lois », il est sans passion, sans excès, sans révolte. De ces hommes qui descendent plus du mouton que du singe… « Nous avons courbé l’échine il y a trop longtemps, depuis trop longtemps nous avons abandonné le terrain de la révolte. Marconi me dirait que l’ennui est un excellent remède à l’excès. » S’il fait ce constat à la toute fin du livre, on ne sait alors toujours pas qui est réellement ce Marconi. Un homme érigé en symbole par un pouvoir dont le totalitarisme se vêt de gants de velours ? L’incarnation, au contraire, d’une révolte souterraine ? À moins qu’il ne soit, Marconi, comme est la justice dans Le Procès de Kafka : la chose absente à laquelle on se réfère. Comme Joseph K. Béla, notre narrateur, a été arrêté par la police. On l’interroge sur une femme qu’il vient de rencontrer : elle s’appelle Roxane et aime danser la valse alors que danser est interdit. Elle aime l’alcool aussi, qu’elle consomme au-delà du raisonnable chaque vendredi soir, jusqu’à perdre le contrôle et se laisser emporter par un « salaud ». Sauf cette nuit-là, où c’est Béla qui l’a délicatement hébergée. L’alcool, la danse : Roxanne brave les interdits de « notre merveilleuse nation » érigée sur le modèle de celles que Kafka ou Orwell ont cauchemardées. Une société panoptique où chacun se sait observé. C’est d’ailleurs peut-être le rôle de Marconi : concentrer l’attention sur lui. Qu’il devienne ainsi, pour le pouvoir, « un bon frein à l’émergence des conditions de la révolte. » Marconi serait-il la soupape par laquelle s’évacue un peu de la pression empêchant ainsi l’explosion de la révolte ? À l’invitation de Roxane, dont l’appartement donne sur celui de Marconi, Béla s’interroge sur l’étrange vieillard. Résistant ou agent du pouvoir ?
On avance dans le roman par bribes, fragments, considérations parfois cocasses, dialogues qui semblent tirés de quelques polars, images obsessionnelles de Béla. Peu à peu, se dessine non pas le portrait de Marconi, mais la chronique d’une vie sous le poids d’un incassable plafond de verre. La société qui émerge du récit n’est pas si lointaine de la nôtre, ça ne la rend que plus glaçante. C’est celle de l’acceptation générale et commune de l’univers carcéral à ciel ouvert. « Les lois qui nous gouvernent aujourd’hui ont été prises sans que personne s’y oppose. On aurait pu s’attendre à de la gueulante de haut niveau, des pavés, des bombes, des barricades, mais rien, calme plat, et même, même, comme un petit parfum de soulagement dans l’air, enfin on s’occupe des vrais problèmes, on prend le mal à la racine, et qu’importe si on n’a plus le droit de bouger le petit doigt, au moins on s’occupe des vrais problèmes. » Les flics sont au service de la police de la pensée et ce qui la déborde (la danse, l’alcool, la fête) est interdit. Les mots eux-mêmes font les frais du régime : « On les perd par milliers, les mots, en ce moment. (…) Certains parmi nous doivent penser qu’ils sont payants. (…) L’hémorragie des mots est devenue un outil de la domination, elle charrie avec elle la disparition de l’esprit critique, il est plus facile de ne pas avoir à interdire, ça se fait tout seul. » C’est par ces fulgurances que le roman nous retient. On pourrait le croire écrit pendant les premiers mois de la pandémie, il n’en est rien. Marconi est né, il y a quelques années, d’une commande pour le théâtre. Gilles Moraton en a repris le fil pour en tisser ce roman fragmenté bien avant qu’on n’ait eu à mettre dans notre lexique le mot de covid. Les romans peuvent ainsi refléter une époque dont ils ignoraient l’existence au moment où ils furent écrits…

T. G.

Marconi en personne
Gilles Moraton
Éditions Piranha, 200 pages, 17

Sous le plafond de verre Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°223 , mai 2021.
LMDA papier n°223
6,00 €
LMDA PDF n°223
4,00 €