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Domaine français Fumer tue… mais la clope rapporte

juin 2021 | Le Matricule des Anges n°224 | par Lionel Destremau

Dans les arcanes du tabac roi, Marin Ledun signe Leur âme au diable, le passionnant roman noir d’une formidable manipulation de masse.

Marin Ledun exploite plusieurs veines d’écriture noire. Si les deux précédents romans parus à la Série noire se situaient dans un registre assez léger, s’attachant à une famille un peu foutraque et à des situations sociales laissant l’humour poindre, plus question de rire avec Leur âme au diable. Et retour au roman noir d’investigation politique et sociétale, nourri d’une imposante matière documentaire. Mais là où, dans cette veine, Les Visages écrasés, qui s’attachait aux errances et aux violences du management d’entreprise, pêchait parfois par une documentation empiétant trop sur le romanesque, Marin Ledun a pleinement réussi, dans cet imposant nouvel opus, le mariage d’un sujet d’ampleur, réaliste et complexe, et celui d’une histoire menée tambour battant. Cette fois-ci, c’est à l’industrie du tabac qu’il s’attaque, et sur une période allant de 1986 à 2007. Vingt années où la place de la cigarette va passer d’un âge d’or où la notion de plaisir l’emporte sur tout le reste, aux tentatives pour mettre un frein à cette « sucette à cancer » à coups de lois et de taxes.
Tout commence par un braquage de camions-citernes contenant de l’ammoniac qui tourne mal et laisse plusieurs cadavres sur le carreau. Muller, l’homme de main qui fait le ménage après le braquage, va faire une erreur en épargnant la vie d’une fille qui disparaît. Son patron, Bartels, mégalomane et cruel, est un puissant lobbyiste qui ne recule devant rien pour faire de l’argent avec son plus gros client, l’European G. Tobacco. Deux flics vont enquêter, Nora et Brun ; l’un est de la Brigade financière et s’attache à la filière en col blanc, épluchant les comptes, scrutant les transactions, tandis que l’autre est plus proche du terrain et va traquer Hélène, la jeune fille disparue, ex-copine d’un des chauffeurs du braquage meurtrier. À partir de cet événement, le roman déroule d’un côté les méandres d’enquêtes tortueuses, de l’autre de multiples situations allant de grèves brisées, de contrebandes de cigarettes au fin fond du Monténégro, de circuits automobiles où l’argent du sponsoring coule à flots, mais aussi des couloirs plus feutrés des ministères ou du Parlement européen, jusqu’aux bureaux de communicants en tous genres. Il faut beaucoup de pugnacité et d’opiniâtreté aux policiers pour tenir, des années durant, et poursuivre leurs investigations face à un réseau foisonnant qui mêle agents de l’ombre, malfrats, prostituées, députés, lobbyistes et grands patrons. Des deux côtés de la barrière, il y a beaucoup d’intelligence, de manœuvres, de capacité à rebondir après un revers, et chaque personnage possède sa propre complexité, sa morale ou, à l’opposé, son absence totale de scrupules.
Les chapitres courts s’enchaînant, de dialogues secs en scènes d’action, c’est tout l’univers du marketing du tabac qui se fait jour, celui d’une manipulation à grande échelle qui passe par tous les registres, de la falsification des études scientifiques à la corruption par l’argent ou le sexe, et jusqu’à la publicité et au mécénat sportif ou artistique. C’est là toute la réussite de ce roman-fleuve que de parvenir à nous happer dans ses filets comme une série télévisée à suspense, tout en nous dévoilant les moyens de plus en plus fins, malins, malsains, que cette industrie invente pour poursuivre son développement, contourner les lois, et vendre, vendre toujours plus. Bien sûr, aucun lecteur n’est dupe : pour autant on ne cessera de s’étonner de la facilité avec laquelle ces entreprises sont parvenues à nous faire croire que le tabac pouvait être synonyme de liberté, d’émancipation, et comment, malgré tout ce que l’on sait, certains discours, notamment politiques, continuent de minimiser l’impact sanitaire du tabac. Un grand roman noir.

Lionel Destremau

Leur âme au diable,
Marin Ledun
Gallimard, « Série noire », 600 pages, 20

Fumer tue… mais la clope rapporte Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°224 , juin 2021.
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