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Domaine français Les chemins de la liberté

novembre 2021 | Le Matricule des Anges n°228 | par Catherine Simon

Pleine de rage et d’insolence, l’autobiographie étonnante de l’artiste Congolaise Bill Kouélany.

Kipiala, ou la rage d’être soi

Si j’avais été écrivain… »  : elle ne l’est pas. Bill Kouélany, lauréate du prix Prince Claus, a été « la première Africaine subsaharienne à exposer à la Documenta de Kassel ». N’empêche. Le récit autobiographique de cette « kipiala », cette femme « hors cadre », qui aime transgresser les règles (« les idées reçues, les interdits, la logique hétérosexuelle, les écoles, les conventions de la culture et de la société congolaises »), ce récit est si plein d’aplomb, il s’habille d’une telle candeur pour dire crûment le sexe ou le dégoût du sexe, d’une telle salutaire impudeur pour dévoiler les hypocrisies, d’une telle simplicité pour témoigner des guerres et des errances, qu’à l’arrache, il emporte l’adhésion.
Kouélany se met en scène. Écrit-elle comme elle parle ? En tout cas, elle nous tient ! On écoute, on s’agace, on ne la lâche plus. Qu’elle évoque les deux Congo, le Congo-Kinshasa (où elle est née, en 1965) et le Congo-Brazzaville (où elle a grandi et est revenue vivre), ces « mensonges géographiques orchestrés par la convoitise des colons belges et français », qu’elle décrive son désir pour les filles, cette « goutte d’eau trouble dans les eaux sacrées du village », ou qu’elle résume son œuvre créatrice : « de l’ordre de la crasse, de l’obscurité, du doute, de la matière incontrôlée », ses mots frappent juste, sans tabou. Une posture ? Peut-être. Le parcours artistique de Bill Kouélany est lié à l’histoire du Congo, à ses guerres, à ses espérances. Qu’elle retrace à sa manière : brutale, égocentrique, inédite.
Tout commence en juillet 1980, à son retour de France, où ses parents, des citadins aisés, l’avaient envoyée dans l’espoir qu’elle « revienne soigneusement lavée, lissée, polie ». Raté. À 15 ans, désormais considérée comme une « moundélé » (une blanche), la jeune Bill se rebelle. Elle ne se sent « pas vraiment ici, ni tout à fait là-bas ». Elle rue dans les brancards, refuse son corps de femme. De Paris, elle garde le rêve d’« une échappée belle, un interstice ». Mais elle est fidèle à Brazzaville ou, plus exactement, à Bacongo, quartier majoritairement peuplé de Laris, gens du Sud, qui deviendra, dans les années 1990, « le fief de l’opposition à l’insubmersible président Denis Sassou-Nguesso, un Mbochi, un homme du Nord ». Bacongo, dit-elle, « c’est mon voisin de cœur ».
Si l’auto-légende de Bill Kouélany démarre en juillet 1980, c’est à cause d’un baiser : celui qu’elle échange alors avec Louis Moon, le meilleur ami de son oncle Barreiz. Bien que Bill et Louis ne soient « pas liés par le sang », Louis fait partie de la famille. La jeune fille a le devoir de le considérer comme son oncle. Leur liaison est mal vue. Bill, née Eulalie-Brigitte, n’en a cure. « À cet instant, j’entrai en guerre », résume-t-elle. Louis Moon, à qui le livre est (entre autres) dédié, supporte sans faillir la passion de Bill pour le sexe, passion revendiquée et affichée – au grand dam de la bonne société congolaise.
On croise pas mal d’amants dans ce récit iconoclaste, mais aussi des poètes, des sapeurs (membres de la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes) et, hélas, des miliciens – une quasi-tradition au Congo, chaque leader politique s’entourant, depuis les années 1960, d’une garde armée, chargée de terroriser civils ou opposants. Dans les années 1990, les Ninjas du leader sudiste Bernard Kolélas tiendront la vedette, pour le pire, aux côtés des Zoulous, des Cobras et autres mercenaires, tout ce petit monde s’affrontant aux soldats de l’armée gouvernementale, près de dix ans durant, en prenant les populations en otage. « Brazzaville, le Congo, sexe béant charcuté par les guerres de 1993, 1998, 1999. Pour rien », résume Bill Kouélany.
Elle-même, ses jeunes enfants et une partie de sa famille auront dû fuir Brazzaville à pied, errant interminablement de forêts en villages. La paix revenue, Bill Kouélany a ouvert, en 2012, à Bacongo, un centre d’art accueillant jeunes créateurs et enfants des rues. Parce qu’il faut bien rester debout. « Au diable, le Congo ! Je marche ». Parole de kipiala  !

Catherine Simon

Kipiala ou la rage d’être soi
Bill Kouélany
Les Avrils, 352 pages, 22 e

Les chemins de la liberté Par Catherine Simon
Le Matricule des Anges n°228 , novembre 2021.
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