La rédaction Catherine Simon
Articles
Oran, à hue, à dieu, à diable
Roman choral au cœur de la « décennie noire » algérienne, Houaria de Inam Bioud est une comédie humaine, sensuelle et survoltée.
Elle a mis six ans à écrire ce roman – et cela se comprend. Inam Bioud a vécu à Oran entre 1990 et 2000 : le chaudron de la guerre civile algérienne, la baptisée « décennie noire », l’auteure y a été plongée, tout comme son héroïne, Houaria – dont le prénom est un clin d’œil au Saint patron d’Oran, Sidi Houari. Inam Bioud a eu le temps, cependant, avant que les premières tueries ne surviennent, au printemps 1993, de goûter aux secrets de cette ville unique, dont on a « l’impression qu’elle enlace la mer », et d’en aimer les habitants « si joyeux, si désinvoltes, si généreux, alors même...
Sissie la Noire en Europe blanche
Comment peut-on être ghanéenne dans les années 1970 ? Un roman émancipateur d’Ama Ata Aidoo.
Il aura fallu presque cinquante ans pour que ce roman de la littérature africaine anglophone soit enfin traduit en français et que le nom de la Ghanéenne Ama Ata Aidoo parvienne à nos oreilles. Cette professeure d’université, défenseuse de la cause des femmes, laisse derrière elle des écrits peu nombreux mais marquants, allant du théâtre à la poésie, du roman au livre jeunesse. Saluée à sa...
Au miroir de l’Ukraine
À la recherche de la vérité sur son père, envoyé sur le front de l’Est en 1942, l’Italienne Francesca Melandri nous raconte deux guerres – et leurs fausses légendes. Entre journal intime et brûlot politique.
C’est à un ancien officier de l’armée de Mussolini que s’adresse, longue lettre lancée dans la nuit, le nouveau livre de Francesca Melandri. Mais c’est « à toutes les Iryna » qu’il est dédié – ces femmes restées humaines en dépit du chaos terrifiant de la guerre. L’officier en question, envoyé sur le front de l’Est en 1942, en a toujours parlé comme des « femmes russes ». Elles étaient en...
Le ravin des apatrides
Fantasy africaine au creux d’un bidonville, par Mahmoud Soumaré.
C’est un roman biscornu, à la fois doux et trash. Son auteur, Mahmoud Soumaré, né à Bamako en 1948, est professeur de mathématiques à l’université d’Abidjan. Amoureux de littérature, il s’est mis à écrire sur le tard, après avoir, devine-t-on, beaucoup vécu, beaucoup lu – et observé le monde de son œil de rêveur sagace.
Le phalanstère qu’il a imaginé, sorte de favella ivoirienne, où trône,...
Danse visionnaire
D’une lucidité critique, Marie Vieux-Chauvet rend compte des premiers incendies de la révolution haïtienne.
Cela commence presque gentiment, alors que « le Port-au-Prince, en liesse, attendait sur les quais l’arrivée d’un nouveau gouverneur ». S’ensuit une description de la foule, tenue à distance par des soldats en armes. S’y côtoient des « mulâtresses » et des « négresses », des « créoles blanches » et des « Européennes », avec beaucoup de coquetteries, de seins à peine voilés par « de légers et...





