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Intemporels Un roman continent

janvier 2022 | Le Matricule des Anges n°229 | par Didier Garcia

Avec Dalva, Jim Harrison (1937-2016) offre au lecteur une plongée vivifiante dans le passé et dans l’espace américains.

À Santa Monica, en Californie, sur la côte ouest des États-Unis, il y a des balcons qui s’ouvrent sur l’océan Pacifique et sur une brise tiède qui sent « l’eau de mer, le genévrier, l’eucalyptus, le laurier-rose, le palmier ». Celui sur lequel s’attarde Dalva, l’héroïne du roman, s’ouvre sur les événements qui ont marqué sa vie, de son histoire personnelle (une somme de deuils qu’elle porte depuis des années) à celle de sa famille, étroitement liée au peuple sioux. Une histoire qui s’étire sur plus d’un siècle, et qui enjambe plusieurs guerres, de celle de Sécession jusqu’à celle du Vietnam.
Comme on le fait pour toute lecture sérieuse, on commence celle de Dalva en prenant quelques notes : sur la protagoniste (Dalva donc, âgée de 45 ans, mère d’un fils qu’elle a eu à l’âge de 16 ans et qu’elle a abandonné à sa naissance, mais qu’elle aimerait retrouver), sur les liens entre les différents personnages (essentiellement familiaux, avec sa mère Naomi et sa sœur Ruth), et sur le cadre spatio-temporel (le Nebraska en particulier, où elle a vécu son enfance dans le ranch de son grand-père, et où elle se retire pour pouvoir enquêter sur son propre passé)… Puis, sans que l’on s’en rende compte, les prises de notes se font moins fréquentes. On laisse d’abord filer dix pages, puis vingt, pour bientôt constater qu’on n’a pas pris la moindre note durant les cent dernières, et qu’à proprement parler on ne sait plus très bien si l’on se trouve encore dans son passé (et si oui dans quelle strate exactement) ou si la narration est revenue au présent des premières pages (l’année 1986). Pire encore : on ignore ce qu’il importe de retenir de cette centaine de pages lues, sinon le plaisir qu’on a eu à les lire. Ce que l’on sait parfaitement en revanche, c’est qu’on a été emporté, littéralement enlevé par la prose de Jim Harrison (sensation délicieuse d’avoir perdu pied – ce qui n’est pas si fréquent durant la lecture d’un roman).
Dalva
est donc un livre difficile à résumer : ce que Jim Harrison donne ici à lire, ce sont des éclats de présent qui se succèdent, des anamnèses plus ou moins longues, le passé s’invitant dans tous les interstices du présent, profitant du moindre espace vide pour revenir au premier plan, telle une mer s’engouffrant dans les indentations d’un rivage. À l’intérieur de ce passé fragmenté, que l’on découvre en pointillé, on rencontre Dalva, à l’âge de 16 ans, âge auquel elle a déjà perdu son père, son grand-père, son amoureux (un certain Duane, qui avait du sang indien dans les veines), et elle a abandonné son fils nouveau-né. On y parcourt l’espace américain, tantôt à cheval, de préférence à bride abattue, tantôt confortablement installé dans une Ford décapotable. On y suit Dalva dans ce qui s’apparente à une quête de soi, laquelle hésite entre le pèlerinage et le road-movie (elle s’y trouve toujours en mouvement, comme incapable de se fixer quelque temps quelque part). On y croise enfin Michael, à la fois universitaire et amant de Dalva, qui découvre, dans le journal de l’arrière-grand-père de l’héroïne (une sorte de missionnaire agricole), l’histoire du peuple sioux, qu’il cite et commente abondamment.
Publié en 1989, Dalva offre de nombreux axes de lecture. On peut le tenir aussi bien pour un hommage aux Indiens d’Amérique (le récit de leur colonisation, avec le massacre de Wounded Knee en 1890, occupe un bon tiers du roman) que pour un réquisitoire contre le peuple américain, responsable non seulement de ce génocide, mais aussi de la disparition des bisons, de la Grande Prairie, et de la destruction progressive des paysages naturels.
Il est également le portrait d’une femme libre, qui fait l’amour avec autant de facilité qu’elle siffle un verre de vin, monte à cheval ou bivouaque seule et nue au fond d’un canyon, après avoir allumé un feu, tout en étant préoccupée par des questions de filiation. Mais il est surtout un roman étourdissant, à l’intérieur duquel on trouve un peu de tout : du sexe, de l’alcool, de la bonne bouffe (Harrison a été critique gastronomique), de grands crus, des galops, des chiens de chasse, ainsi qu’un attachement authentique envers une nature encore sauvage (avec des serpents à sonnette, des scorpions, et les cris nocturnes des coyotes). Un roman luxuriant, gargantuesque à sa façon, aux allures de continent, enlevé, généreux jusque dans ses excès, écrit comme au galop, grouillant de vie (à l’instar de l’existence que Jim Harrison présente dans son roman autobiographique En Marge, publié en 2002), dans lequel on a plaisir à se perdre et que l’on quitte à regret. Didier Garcia

Dalva,
Jim Harrison
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent
10/18, 470 pages, 7,50

Un roman continent Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°229 , janvier 2022.
LMDA papier n°229
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