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Domaine étranger L’appel du matriarcat

février 2022 | Le Matricule des Anges n°230 | par Thierry Guinhut

En pays d’Égalie, les femmes prennent le pouvoir. Une satire de Gerd Brantenberg.

Les Filles d’Egalie

Le genre romanesque de l’inversion existe au moins depuis Jonathan Swift, dans Les Voyages de Gulliver (1721), où les chevaux deviennent des hommes et les hommes des bêtes. Will Self, en 1997, fit de ses Grands singes une humanité simiesque. La Norvégienne Gerd Brantenberg a choisi d’inverser la domination masculine en tyrannie féminine, avec Les Filles d’Égalie.
Ainsi ces Messieurs, surtout s’ils sont ronds et jolis, sont les proies du bal des débutants, où ils sont « dépuceautés », harcelés par des viols, portent un « soutien-verge » malcommode, sont tourmentés par leurs « parties honteuses », restent à la maison pour s’occuper des enfants et la contraception leur est réservée. Un tel matriarcat doute que son contraire ait jamais existé. L’inventivité du vocabulaire, à laquelle le traducteur apporte tous ses soins, est parlante : il s’agit de « gentes » et d’« êtres fumains », « goins » et « gangs de garses », « paterner » et « père-coq »
Il faut à tel univers des héros et antihéros. Au nom révélateur, Rut Brame, « directrice du Directriçoire de la société Coopérative d’État », est la cheffe de famille, quand le jeune Petronius se voit capté par Rosa, pêcheuse de requins, qui malgré son amour se révèle une furieuse batteuse de son homme. Il est moqué lorsqu’il veut devenir « marine-pêcheuse », et l’expérience à bord du bateau est peu concluante. Mademoiseau Tapinois est un enseignant dont les incursions hors de l’orthodoxie idéologique sont conspuées par ses élèves et tancées par la proviseure, ce qui en fait un beau clin d’œil aux thuriféraires de la doxa. Ils se réuniront pour fonder un parti « masculiniste » avec une poignée d’acolytes, tenter des expériences homosexuelles et bouleverser les idées reçues par leurs actions publiques et souvent réprimées : les « soutien-verges » vont valser !
La grandiloquente cérémonie d’accouchement dans « Le Palais des naissances » et les « Grands Jeux menstruels » sont morceaux d’anthologie. L’ironie de la plume romancière est à son comble. Par ailleurs, en un ridicule achevé, les arguments biologiques utilisés pour justifier le régime retournent comme un gant ceux de nos pères. Comme de juste, l’utopie bascule vers la dystopie.
La narration s’essouffle enfin en s’éloignant des personnages pour passer au récit documentaire sur l’histoire d’Égalie. Cependant une astucieuse pirouette ranime l’intérêt : Petronius a écrit et publié un roman qui met en scène une société dominée par les mâles !
Il est bien étonnant que ce livre paru en 1977, mais dont le premier jet en 1962 s’appelait Feminapolis, ait mis quarante ans à nous parvenir. Si l’on est en droit d’estimer que sa pertinence s’est un peu émoussée, dans la mesure où l’évolution des mœurs contribuait à diminuer, voire effacer, les discriminations indues entre les sexes, il reste toujours aussi étonnant et ne manque pas de pouvoir faire réfléchir sur le bien-fondé de nos structures sociales et politiques. Méfions-nous donc, au travers du nouveau titre, des régimes qui prétendent à l’égalité. Et de son parti « amarraxyste », qui ne considère les inégalités sexuelles qu’au prisme de celles des classes, évidente parodie du marxisme.
Nanti d’une carte du pays d’Égalie borné par les montagnes de « Phallustrie » où triment les ouvriers mâles, comme un livre d’héroïc fantasy, le roman de Gerd Brantenberg est divertissant, hilarant, non sans être un apologue d’une efficacité redoutable. Or « 100 % féministe », affirme le bandeau de couverture. Pas tout à fait, car la tyrannie de ces dames, aussi terrible que celle du patriarcat, voire pire, montre bien qu’il s’agit là moins d’une question de sexe que d’une pulsion tyrannique inhérente à la nature humaine. La satire, loin de n’être qu’à thèse univoque, est universelle.

Thierry Guinhut

Les Filles d’Égalie
Gerd Brantenberg
Traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud
Zulma, 382 pages, 22

L’appel du matriarcat Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°230 , février 2022.
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