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Poésie Suites pour vagues aidantes

novembre 2022 | Le Matricule des Anges n°238 | par Emmanuel Laugier

Avec Aria, Mathieu Nuss suit la « vague de miel noir contenue dans le poème » pour donner voix aux lieux, strates et étendue interpénétrés.

Les livres de Mathieu Nuss, plus d’une dizaine parus à ce jour, révèle un poète, traducteur et revuiste (Boudoir et depuis Revue) discret, mais dont la place dans le paysage de la poésie d’aujourd’hui est aussi singulière que désormais importante. Prenons cette place à la lettre, comme lui-même l’a pour l’instant élu dans le A de ses livres, de Affirmation (2006), Agio (2009), Apartés (2012), Au beau fixe (2013), à Arrosé l’arroseur (2017), etc. Ce « A », rimbaldien peut-être, forme la dynamique d’une série où se dessine l’esprit de la sonate, et aujourd’hui celui de l’aria, laquelle ici entremêle l’écriture à une seule voix. Aria rappelle par une citation de Dominique Fourcade qu’écrire c’est être aux aguets, c’est littéralement « guetter le vague de vingt-quatre mètres qui apparaît statistiquement tous les cents ans », laquelle vrombit des millions d’abeilles que son miel noir charrie. C’est une tâche, ambitieuse certes, mais le livre qui la porte, et l’homme qui écrit ce livre, la disent sans aucune ostentation, ni prétention. La vague, pour revenir à ses cycles, n’est pas élue, elle est plutôt comme une mariée mise à nue par l’élan du poème, sa recherche pugnace et âpre. L’aria d’Aria est composée de quatre mouvements, eux-mêmes ponctués de trois adresses, (« (Chère, ex-) »), proses d’un seul tenant un peu asphyxiantes dont on pourrait interroger la place dans l’économie du chant des arias.
La composition de ce livre, pour l’essentiel de ses mouvements internes, fait se succéder dans l’espace de poèmes troués de blancs, de respirations, ce que l’on peut appeler une prose coupée. Mais ici, et c’est tout son effort de syntaxe et celui de sa recherche, il est moins question d’y inscrire une logique de micro-narrations, que celle d’un travail de disjonctions finement logé à l’intérieur de la consignation de lieux traversés : « réelles ou pressenties les secondes de ciel pliées dans les vitres/(bord blanc uni)/boomerang sur le rasé de près sur des hectares de frères&sœurs/(…) des touffes d’herbes marbrent gravier/seules entre elles à se déranger/trébuche le râteau sans dehors ». L’expérience du déplacement, et du voyage, comme de la station, dialectise l’entrecroisement des lieux et des perceptions, l’acmé d’une sensation et celle, diffuse, du presque rien. C’est le A du « là » tel qu’il s’inscrit au sein du poème devenu embarcation légère que suivent une onde sonore et ses variations auditives. Depuis ce que l’on imagine être un point de restauration sans prétention (« prêt-à-manger, paris 13 ») à Cousanges-les-Forges (Meuse), en passant par Catane, Syracuse, Ljubljana, voire Villejuif, etc., chaque lieu se succède, aucune majuscule ne les distingue, aucune date, aucune chronologie ne les hiérarchise dans le temps. Seul l’espace compte et forme le balayage de la durée que le livre offre à la lecture.
Ces lieux se superposent donc comme autant de strates, en nous et hors de nous elles densifient la survivance des perceptions qui, selon, les endroits où elles s’inscrivent, reviennent comme des sources rémanentes, se creusent, s’étoilent, et forment alors une voûte d’étoiles, de flashs, à relier : « j’emprunte le calme de l’escalier l’air/en léger ameublement que gagne le poème (dans les parenthèses collaboratrices) agglutinés les atomes (pas une ride ne les fixe (…) quand l’écrit le recycle en poème-odeur du papier d’arménie fixe l’élégie tarde  ». Page-voirie où le mégot du mot consigne, par exemple, les noms d’un digicode, à Catane, piazza Dante Aliguieri, où l’inflexion sonore des noms italiens se mêlent aux odeurs, à « la couleur de châtaigne que je suis & pas qu’en mangeant avec les doigts » lui revienne que Delacroix aimait les peindre. Plus loin, sicilienne sensation toujours, « un homme pêche plate entre les doigts/transpire noir de toute sa colonne/basalte couleur aubergine/ou bien le contraire/ noire pierre d’etna qui décommande le prévisible ». C’est le mot sur le bout de la vague qui vient avec elle : « décommander le prévisible  », faire qu’aucun préalable ne contamine la poésie comme expérience. Voilà la tâche, ici tenue, fermement.

Emmanuel Laugier

Aria
Mathieu Nuss
Dessins de Tomoko Kitaoka
Obsidiane, 62 pages, 14

Suites pour vagues aidantes Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°238 , novembre 2022.
LMDA papier n°238
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