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Poésie Langue de feux

février 2026 | Le Matricule des Anges n°270 | par Dominique Aussenac

Sixième recueil du poète occitan Silvan Chabaud qui nous délivre sa carte du Tendre. Universelle, lyrique, solaire.

Est-ce que les paysages façonnent les langues ? À moins que cela ne soit les langues qui créent les paysages ! Ici, la langue est un occitan mâtiné de provençal maritime et de languedocien ; les paysages, immenses. Faut dire que Silvan Chabaud est arpenteur de mots, de chemins, montagnard, bolégaïre à tous les sens du terme, être en mouvement. Chanteur de reggae ragga avec Mauresca Fracàs Dub, dans la lignée des Massilia, maître de conférences à la fac de Montpellier, poète musicien, critique littéraire, né en 1980 à Saint-Raphaël dans le Var, il vit aujourd’hui sur les terrasses du Larzac.
Ses paysages déploient le monde, s’abreuvent aux Adotz, à ces sources, allant des vallées du Piémont italien d’où un paysan s’est exilé, pour traverser la frontière, enfin, se tenir droit, à la très basque Bidassoa, en passant par Gaza où « Le monde s’arrête,/ S’écroule/ Dans la détresse/ Quand on arrache/ Les oliviers. » À Montréal, Canada, d’où il quête le Nunavut, pays glacé du septentrion, en filant un Inuit traversant la ville, « Le visage envahi de fantômes ».
Il y a dans ce recueil une quête éperdue d’humanité, le besoin d’exprimer un effarement, une commisération, une révolte face aux êtres fracassés par l’Histoire, les colonisations, les dominations. Des humains qui marchent, tombent, se relèvent, luttent, ne désespèrent pas.
À travers les montagnes, tente de passer une Érythréenne par la vallée de la Roya. Nice est déjà là et ses habitants « mangeurs de blettes » devant un sound system crient « Nissa Pantais », radio ou « Nice Grand rêve » tandis que « Sur la côte les maisons font les champignons/ les marinas assèchent les marais/ L’eau se fatigue à jouer/ Aux labyrinthes des hommes. » À Clermont-l’Hérault avec la CGT, pour un blocage d’autoroute : « Nous sommes au milieu du jour/ Au beau milieu de la vie/ Et rien personne ni rien/ Rien de rien, jamais rien/ Ne nous volera/ Cet instant/ De poésie pure ». Pour le cinquantenaire du Larzac, en 2023 : « Notre millier de petites vies/ Font plein de constellations bigarrées/ Dans la nuit de ce siècle engourdi ». Avec les marcheurs de Sainte-Soline  : « Où est l’eau ?/ Vous l’avez laissée partir dans le béton d’une mémoire vide ».
Eau, rus, ruisseaux, fleuves, mers irriguent ces pages. Salagou, « Tu es le ruisseau noyé/ Qui fait tout un lac de silence/ Dans la ruffe sanglante/ De l’automne ». Bidassoa qui se jette dans « L’océan des anciens rêves/ Étire un bras de mer saline/ Pour toucher les jambes de fougères/ Des Pyrénées ». Le Saint-Laurent « étire ses miroirs dans un rythme d’eaux couleur de cuivre/ Une odeur de mer et de gasoil remonte en fumée des cheminées des navires ». Chaque poème est une photographie, un court-métrage, les mots prêtent vie aux images, les images réfléchissent les mots, questionnant le poème, sur l’écriture, le besoin effréné d’écrire. « Écrire c’est écouter le cri clair obscur/ De la migration intérieure/ La grande aventure/ Du langage. »
Le vers, cest bien connu, marche sur ses pieds. Ici, jamais au pas de l’oie, mais vers libéré, clair, lumineux, toujours en mouvement, ce que renforce la scansion qui rythme le déplacement, l’ascension.
Ici, la géographie est si physique qu’elle propose le sien, offrant son corps. « Tu as des montagnes dans le ventre/ Et la mer dans les mains/ Tu as des oiseaux dans les branches de la tête/ Et tout un déroulement de collines/ Dans l’immensité de ton dos. »
Ici la poésie, ni innocente, ni naïve, mais immense soleil avec des dents, rit aux éclats. Mûre, à point, sans l’être trop, il faut tant se méfier de la maturation. Silvan Chabaud, agneau maturé qui encore et toujours pâture, insuffle, d’ici de là, en grand poète, un souffle fraternel. Le monde aujourd’hui en a si cruellement besoin !

Dominique Aussenac

Adotz, de Silvan Chabaud
Version française de Joan-Claudi Foret, Jorn, 106 pages, 15 €

Langue de feux Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°270 , février 2026.
LMDA papier n°270
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LMDA PDF n°270
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