Ce recueil de textes n’évoque en rien la race canine. Les chiens dont il est ici question sont précisément ces textes courts nés d’une commande, nourris d’une saine colère ou d’une franche admiration et parus en revues ou journaux. Non pas des chiens domestiques, braves toutous d’intérieur, mais chiens de chasse propres à débusquer, dans le champ littéraire qu’ils arpentent, les injustices et les hypocrisies de notre monde. Chiens joueurs de l’enfance aussi, qui sur les traces d’un Éric Chevillard salué pour son « art du birlibirloque », insufflent au cheminement livresque l’élan salvateur des rêveurs. Pas chiens de concours toilettés façon Barbie, mais chiens voyous qui gambadant sur les sentiers ouverts par Thomas Bernhard ou Cervantes en profitent pour mordre aux mollets la bourgeoisie repue d’elle-même. En quinze essais brefs, ce recueil dessine l’ADN de l’œuvre de Lydie Salvayre : vitesse, joie, estocades, langue bariolée, rire provoqué par un mot (« bite » qui surgit au bout d’une phrase au classicisme chatoyant), éloge bien troussé du mauvais goût. Une œuvre qu’on pourra aussi aborder avec le Lydie Salvayre, écrire entre deux langues qui sous la direction de Jean-Paul Engélibert paraît simultanément chez le même éditeur.
T. G.
L’Ire des marges, 135 pages, 17,90 €
Domaine français L’Honneur des chiens de Lydie Salvayre
novembre 2024 | Le Matricule des Anges n°258
| par
Thierry Guichard
Un livre
L’Honneur des chiens de Lydie Salvayre
Par
Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°258
, novembre 2024.

