Ils sont rares, ceux qui savent écrire la montagne et les bergers. Ils sont pourtant de plus en plus nombreux, ceux qui le font. Les écrits de Ramuz datent d’un siècle et restent inégalés sur ce thème.
Derborence surtout.
C’est le début de l’été, les bêtes et les bergers quittent le village, montent sur l’alpage, là-haut à Derborence, dans un creux de verdure blotti entre les falaises. Ça devrait être un été comme les autres, avec le souci des bêtes, le fromage à fabriquer, les hommes serrés pour la nuit dans les petites cabanes de pierre. Sauf que là-haut seule la montagne décide. Or la montagne se met à gronder, à gronder si fort que du village on entend ses falaises s’effondrer, on les devine dévalant sur Derborence, métamorphosant les prairies d’altitude en un pierrier géant. Dessous, écrasés, engloutis, les bergers, leurs troupeaux.
Lui il est jeune, il a laissé son amoureuse au village le temps de la saison d’estive, ils se retrouveront à la fin de l’été. C’est compter sans les caprices de la montagne. Est-ce concevable de mourir en plein bonheur d’aimer ?
Ramuz, résumé ainsi, ça paraît mièvre, or ce n’est absolument pas mièvre. C’est même effroyablement juste.
Sa langue est si simple qu’elle n’a l’air de rien. Peut-être est-elle toute simple parce qu’elle parle de gens simples. C’est eux, on y est. On a beau être originaire d’une autre montagne que celle-là, ou même n’être d’aucune montagne, la langue de Ramuz nous remue les tripes.
On peut faire littérature de tout. On peut aussi faire littérature de presque rien. L’important c’est la langue, la justesse de la langue. Ce tout petit livre qu’est Derborence est un grand livre parce qu’il est juste.
Violaine Bérot
Dossier
Violaine Bérot
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octobre 2025 | Le Matricule des Anges n°267
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