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Domaine français Effet de Serre

octobre 2025 | Le Matricule des Anges n°267 | par Anthony Dufraisse

Avec Vertu et Rosalinde, Anne Serre signe un roman exquis à entrées multiples et sous le signe d’une subtile fantaisie.

Comme en classe, faisons l’appel des personnages : Lucie, Bénédicte, Hanna, Thérèse, Annelise, Eva, Alice, Odette, Sylvia, Maud, Mira, Sue, Mariette, Cécile… et la liste n’est pas exhaustive ! Il y a même une Iphigénie, sans oublier les Vertu et Rosalinde du titre. Pas d’hommes du tout dans ce livre ? Si, mais bien peu en comparaison de ces femmes de tous âges qui trustent la plupart des premiers rôles. « Plus on vous lit, plus on a l’impression que vous êtes entourée de femmes, c’est un vrai gynécée ! » fait-on remarquer un jour à la narratrice pour le moins changeante de ce drôle de texte. Car Anne Serre, dans ces pages, se démultiplie, habile à changer de costume en un clin d’œil, ni vu ni connu j’t’embrouille. Transformiste à sa manière, elle signe un bouquin qui a tout de la boule à facettes. Ou du kaléidoscope, si l’on préfère. Roman est-il indiqué sous le titre. Vraiment ? L’appellation ici est sujette à caution tant on a l’impression persistante d’avoir affaire, plutôt, à un recueil de nouvelles avec une voix qui évolue à chaque séquence narrative. Ces séquences apparaissent comme des expériences de prise de parole. Au théâtre, on parlerait d’une scène tournante. Adulte le plus souvent, retombant en enfance parfois, celle qui parle, on l’a dit, n’est jamais la même et pourtant quelque chose toujours nous ramène à cette Anne Serre, exquise ventriloque, dont le ton est piquant la plupart du temps. Piquant au sens où l’on dit piquer la curiosité. D’une certaine façon, et bien qu’il n’y ait pas d’adresse directe au lecteur, il y a là un fond de littérature vocative ; il faut dire que l’autrice n’a pas son pareil pour, en quelques phrases, titiller l’intérêt du lecteur qui se laisse d’autant plus volontiers ferrer qu’il se sait entre de bonnes mains.
Forte d’une quinzaine de livres (cf. Lmda N°237), l’écrivaine a en effet un tour de main bien à elle ; ses trente courtes histoires, elle les a ainsi écrites comme des conversations que l’on écouterait en douce. Confidences captées au vol, secrets ou souvenirs que l’on s’adjuge, anecdotes qui sont, comme certains faits divers, des friandises acidulées, voilà notre butin. Nous magnétiser mine de rien, c’est le but de chaque pièce de ce roman (allez, validons le mot par commodité) ; on dirait que ces fragments de vies, que l’on peut lire indépendamment les uns des autres, « à première vue n’auraient aucun rapport entre eux, mais à seconde vue, en auraient peut-être bien un, tellement riche et tellement mystérieux que ça valait vraiment la peine de continuer », pour citer la narratrice à propos des discussions déphasées qu’elle a avec son amie, la lunaire Berthe.
« Entrelacs d’une histoire aux mille fils brillants » pour emprunter les mots d’un autre personnage, ce livre nous fait donc traverser une infinité de situations. On y croise un admirateur de Fellini, une consœur de l’Américaine Joyce Carol Oates, un sosie de Darry Cowl ou encore un Hamlet désœuvré à Elseneur et qui se met en tête d’écrire une pièce ; on entre dans la « grande maison bordelaise » d’une certaine Madeleine comme dans un tableau de Matisse, on s’attarde dans les couloirs du Palais de justice de Paris pour un procès en correctionnelle ou pour y trouver l’accès par lequel Maigret, naguère, ralliait son QG du 36 Quai des Orfèvres ; on fait halte en Angleterre, en Allemagne ou à Madrid, où la narratrice a flashé jusqu’à l’obsession sur « un petit manteau espagnol gris fer aux boutons de corne » et on assiste à un pique-nique qui tourne mal. L’imagination un brin débridée de l’autrice trouve que certaines femmes ressemblent à un nénuphar, à Lou Andreas-Salomé ou à « Élisabeth 1er, représentée dans une peinture de William Segar (1585), comme un insecte fabuleux ». Dans cet enchaînement de circonstances, la fantaisiste Anne Serre et ses porte-parole ne manquent donc jamais de nous tenir en éveil et en haleine, c’est-à-dire finalement en laisse. Eh bien on se laisse faire !

Anthony Dufraisse

Vertu et Rosalinde, d’Anne Serre
Mercure de France, 148 pages, 18

Effet de Serre Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°267 , octobre 2025.
LMDA papier n°267
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LMDA PDF n°267
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