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Domaine français Aux chiens de me revenir de Denis Tellier

février 2026 | Le Matricule des Anges n°270 | par Virginie Mailles Viard

Aux chiens de me revenir

À côté de l’église vit Émilien. L’église s’est effondrée un soir d’orage. Il a essayé de rattraper ce qui tombait, mais en vain. C’était un peu comme ce ciel de guerre qui, un jour, dans les tranchées, lui a fracassé la tête. Depuis, sur un cahier, méticuleusement, il note. Qu’il veut être enterré avec les chevaux, parce que les chevaux ont de grands os et que les hommes sont bêtes. Il la prend par petits bouts, la guerre, décrit les clous des souliers, la vareuse, « la plaque immatriculée en zinc, dite “plaque de chien” », le casque « pas joli, pas très épais… pas abouti ». C’est incroyablement caustique, ces gradés ridiculisés sous le regard naïf d’Émilien : « Je trouve qu’il avait les idées carrées, comme la cour de la ferme (…). Il était incapable de mettre ses grandes phrases dans des petites pour que tout le monde comprenne. »
Pour gagner sa croûte, il fait des travaux chez la Grande Yvonne. Il rentre le soir dans son antre, désormais seul, la mère morte. La maison est comme un terrier, où « il n’y avait plus rien à voir, les volets étaient entrebâillés sur le passé ». Denis Tellier creuse jusqu’aux plus sombres confins des corps et des vies réduites à rien, dans ce paysage des Ardennes, d’eau et de boue. Il y a du Germinal dans cette humanité bestiale, apeurée, avec une faculté saisissante à entrer dans le dur des choses. Il faut vivre sa misère sous des orages qui appellent à la miséricorde. Émilien, dans ce décor sombre, nous ouvre pourtant une porte lumineuse. Seul, pauvre, besogneux, il ne pleure pas la terre – il n’en a pas. « Et même s’il se blessait, pour lui ce n’était rien, il lavait son sang dans la rosée puis ressuyait la plaie dans les grandes herbes à sifflet. »
Pour ceux qui découvrent Denis Tellier – une première version a paru chez Lunatique en 2012 –, c’est une lumière au bout du tunnel : la révélation d’être, comme Émilien, des gens de peu, mais propriétaires du brouillard de nos vies.

Virginie Mailles Viard

Fables fertiles, 176 pages, 17,50

Aux chiens de me revenir de Denis Tellier Par Virginie Mailles Viard
Le Matricule des Anges n°270 , février 2026.
LMDA papier n°270
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LMDA PDF n°270
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