Dans un rapide roman rédigé dans une langue simple, Adèle Fugère, la romancière de J’ai 8 ans et je m’appelle Jean Rochefort (Buchet-Chastel, 2023), raconte la première disparition vécue par un adolescent, celle de sa grand-mère, Mémé. « Je me suis toujours demandé comment, avec les extrémités qu’elle avait, Mémé pouvait tenir à la verticale.// La question ne se pose plus./ Mémé est à l’horizontale désormais. » La vieille femme disparaît en laissant son veuf inconsolable et le narrateur, frappés tous deux par le deuil soudain. « C’est Pépé qui l’a trouvée. Il est sorti de son atelier. Il a traversé le jardin. Il a ouvert la porte de la cuisine. Il l’a refermée derrière lui. Il a trouvé Mémé là, assise à la table. Comme d’habitude. C’était comme si elle s’était assoupie. Au début, Pépé a cru qu’elle dormait. Mémé a toujours eu la capacité de se débrancher à n’importe quel moment et n’importe où./ Là, elle ne dormait pas. » Entre les anecdotes de la vie passée, et les malaises de Pépé, l’adolescent découvre sa transformation et en subit les affres. « Tout me dégoûtait. Je me dégoûtais. Mes bras me dégoûtaient. Il fallait qu’ils disparaissent. J’ai pris la poussière de bois que j’ai trouvée et j’ai frotté comme un dératé. J’ai frictionné, frictionné, frictionné. Je voulais que ma peau s’évanouisse, Que mes bras s’effacent. Je voulais qu’ils soient durs. Qu’ils deviennent comme du bois. » Dans l’atelier où menuise le grand-père, il fabrique une marionnette représentant sa grand-mère pour apaiser la peine de son grand-père… « J’ai retourné la silhouette en bois. Je me suis attaqué à la tête. Tout en rondeur. Mémé, elle avait une grosse tignasse, épaisse, en forme de nuage qui descendait un peu dans la nuque avec une raie sur le côté entourant un visage très large. Sans cou. Un peu comme les chevilles qu’elle n’avait pas. » Récit où se mêlent la tristesse et la colère, Mimi en bois est un roman tendre sur les difficultés partagées. Cette fois sans Mémé.
Éric Dussert
Mimi en bois, d’Adèle Fugère
Buchet-Chastel, 157 pages, 14,50 €
Domaine français Mimi en bois
février 2026 | Le Matricule des Anges n°270
| par
Éric Dussert
Un livre
Par
Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°270
, février 2026.

