Dans Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit, Mark Haddon avait choisi d’indiquer les chapitres par des nombres premiers : une façon d’exprimer une vision du monde portée par le jeune Christopher, aux prises avec une crise familiale. Ainsi va Le Zoo, une sortie de J.A. Tyler (né en 1978), qui structure son récit à partir d’un regard singulier. Ici, ce sont les animaux enfermés derrière leurs grilles, ou leurs cages de verre, comme autant de tableaux vivants, qui scandent les chapitres. Une visite racontée à hauteur d’enfant, Jonah, qui se révèle bien plus adulte que ses parents. « (…) il a dit Ce putain de ballon va te fendre le visage en deux si tu lèves pas les mains. » Le récit de la balle, qui finira par être attrapée, avance par à-coups, petits rebonds vers l’émancipation : « Frappe a dit mon papa et c’est ce que j’ai fait. » Devant les canards, ce sont les disputes qui ressurgissent. Entre eux, l’enfant tente de réparer. Il observe, assemble, interprète. Comme un entomologiste, il collecte les signes d’un monde qui lui échappe : querelles, silences, élans d’amour fugaces. « Tu veux que Jonah devienne comme ça ? » demande la mère, tandis que le père, comme un lion, tourne en rond, « en disant ces choses que je ne devrais pas entendre ».
Alors que se succèdent les animaux en cage, la pensée de Jonah suit un cheminement hasardeux. Tout l’art de Tyler repose sur ces rapprochements inattendus, cette divagation entre une animalité sous verrous et la cellule familiale. Devant les piranhas, Jonah « rêve de mordre les gens avec des dents pareilles, de faire des trous dans quelqu’un, d’être une bête comme mon papa. » D’ours en lions, de requins en tortues, l’auteur nous pousse à observer notre propre animalité : nous sommes loups et papillons à la fois. Et sans doute que, selon l’enfant que l’on a été, ce livre résonnera différemment. Certains retiendront la souffrance et la violence sourde ; d’autres s’arrêteront plus longuement devant la cage du paon, pour y entendre un « Je t’aime » du père qui, cette fois-ci, est bien audible – et n’est pas le fruit de l’imagination enfantine.
Virginie Mailles Viard
Le Zoo, une sortie, de J.A. Tyler
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Stéphane Vanderhaeghe, Quidam, 200 pages, 20 €
Domaine étranger Le Zoo, une sortie
avril 2026 | Le Matricule des Anges n°272
| par
Virginie Mailles Viard
Un livre
Le Matricule des Anges n°272
, avril 2026.

