Trente ans après sa mort, Marguerite Duras échappe au purgatoire parfois réservé aux écrivains qui, sitôt disparus, tombent dans l’oubli. Alors que La Pléiade publie – comme elle l’a déjà fait pour d’autres – une anthologie quelque peu commerciale sans doute, intitulée L’Amant et autres écrits, Victor Laby se penche, lui, sur les positions et propositions, complexes, de la femme politique qu’elle fut aussi. Spécialiste d’Eluard et rédacteur en chef de la revue Commune, nul doute que l’auteur possède l’acuité nécessaire à ce… décryptage. Bien sûr de nombreux éléments ici repris se trouvaient déjà dans la volumineuse biographie de Jean Vallier mais cette synthèse a pour but louable d’éclairer comment Duras a pris part et parti face aux situations historiques dont elle fut témoin et actrice. Victor Laby nous donne ainsi à découvrir un inédit : une surprenante interview par Duras – alors âgée de 25 ans et signant Marguerite Donnadieu – de la dernière impératrice d’Annam, publié à l’été 1939 dans le journal Excelsior. Loin des positions anticolonialistes qui seront les siennes à partir de la guerre d’Algérie, elle manifeste ici une sorte de fascination attendrie. Suivra le travail alimentaire mais tout de même idéologiquement marqué que constitue L’Empire français, publié chez Gallimard en collaboration avec un de ses collègues du ministère des Colonies. Les choix politiques, après un léger flottement au début de l’Occupation, se feront ensuite toujours plus radicaux et personnels à la fois. Victor Laby analyse fort bien sa participation à la Résistance, ses rapports difficiles avec le parti communiste, sa relation à Mai 68, au féminisme ou à la question homosexuelle, l’importance qu’eurent pour elle la pensée de proches comme Dionys Mascolo ou Edgar Morin, sa passion pour Mitterrand…
« Que faire de Duras ? » demande Victor Laby en conclusion. Il y répond avec ces pages : la donner à (re)lire à des lecteurs « qui accepteraient de voir en elle non un monument figé, mais une intellectuelle prête à questionner notre manière d’écrire, de penser, et peut-être encore d’espérer ».
Thierry Cecille
Marguerite Duras, femme politique, de Victor Laby
Éditions de l’Observatoire, 301 pages, 22 €
Essais Présente, forcément présente
avril 2026 | Le Matricule des Anges n°272
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