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Poches Voix de la boxe

mai 2026 | Le Matricule des Anges n°273 | par Anthony Dufraisse

L' Art de la boxe. combat du siècle et autres textes

Si Frédéric Roux avait pu croiser la route du grand Jack London (1876-1916), nul doute qu’ils auraient parlé boxe ensemble. Bientôt octogénaire et lui-même ayant modestement mis les gants, Roux est un passionné de la boxe d’avant, du temps des mythes qu’étaient Hagler, Leonard, Ali ou encore Tyson, autant de figures sur lesquelles il a souvent écrit. Ce qui en fait probablement l’un des plus fins écrivains connaisseurs de la chose pugilistique. Il n’a peut-être pas son pareil pour raconter comment les mythes sont mités et comment ils prennent forme dans l’imaginaire des gens. Dans son récent Boma Ye, exhortation guerrière africaine (qui signifie « tue-le » – c’est du lingala, langue bantoue parlée au Congo) que l’on prononçait autour d’Ali en prévision de son combat dantesque contre George Foreman à Kinshasa en 1974, Roux revient une nouvelle fois à l’ex-Cassius Clay, son nom à l’état civil, avant sa conversion à l’islam en 1965. Ceux qui connaissent un peu l’histoire des rings savent tout de suite de quoi il s’agit, ce cri de guerre étant comme amalgamé au nom même d’Ali le hâbleur. Mais si Ali était un beau parleur, mi-oracle bonimenteur mi-orage postillonneur, roi assurément de la catégorie des 120 kilos de blabla mitrailleur, ici on ne l’entend pas. Frédéric Roux a choisi de donner la parole à d’autres, les plus ou moins proches du poids lourd, notamment Yolanda, sa quatrième et dernière femme, de quinze ans sa cadette. Ainsi voit-on Ali dans les reflets de ces regards distancés, croisés, qui disent d’abord à quel point le « jeune homme arrogant, le grand provocateur », aura, magnétique, attiré à lui partisans et courtisans.
Dans Le Combat du siècle et autres textes, le recueil de Jack London, il est aussi question d’aimantation, mais à une autre époque, celle qui vit la confrontation, à l’été 1910, de Jack Johnson et James – dit Jim – Jeffries. Aimantation parce que toute l’Amérique semble converger à Reno, dans l’État du Nevada, pour assister à cette rencontre historique organisée le jour de la Fête nationale, le 4 juillet. Deux ans plus tôt, Johnson, premier boxeur noir à s’adjuger le titre des poids lourds, détrône Tommy Burns, et les promoteurs se mettent alors en tête de faire sortir de sa retraite le très populaire Jim Jeffries, ancien champion du monde et surtout boxeur blanc. On devine la dimension racialiste de ce combat dont Jack London, envoyé spécial pour le New York Herald et qui n’échappe pas aux préjugés de son temps, nous fait le récit détaillé ; de la montée en tension les jours précédant la montée sur le ring au combat lui-même, qui vit la supériorité évidente de Johnson, colosse entre les cordes et icône au-delà.
Pour ceux qui ne sauraient rien ni de London ni de la boxe à cette période, la traductrice Fanny Quément signe une excellente et éclairante préface qui recontextualise le tout. Elle précise qu’elle a sué sang et eau sur cette traduction : « Traduire [ces textes] fut une épreuve, un combat en je ne sais combien de rounds, de reprises nécessaires pour rendre le style ramassé, la vigueur de cette écriture en mouvement perpétuel. » Une illustration, en tout cas, de ce que définitivement la boxe est toujours plus que la boxe.

Anthony Dufraisse

Boma Ye, de Frédéric Roux
Allia, 93 pages, 7
L’Art de la boxe. Le combat du siècle
et autres textes
, de Jack London
Rivages poche, 138 pages, 8

Voix de la boxe Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°273 , mai 2026.
LMDA papier n°273
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LMDA PDF n°273
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