Dernier jour de cours, avant les vacances d’été 2019. Deux lycéens, Daha et Otman, attendent leur ami Sidi, à Laâyoune, la plus grande ville du Sahara occidental. Ce n’est pas tous les jours qu’un écrivain, en France, choisit comme sujet de son roman la jeunesse sahraouie. Nicolas Rouillé a déjà publié plusieurs fictions à partir de divers terrains d’enquête : la Papouasie, un squat dans le Midi, une mine d’or dans l’Aude. Ce roman-ci est dédié « au peuple sahraoui, aux peuples du Maroc, avec respect et amitié ». Une entrée en matière chaleureuse. La sortie est du même tonneau : il remercie ceux qui l’ont accueilli, qui lui ont confié leur histoire, leurs photos, « vous qui avez patiemment répondu à mes questions, relu, commenté et corrigé les différentes versions de ce texte. »
Dans ce quartier pauvre de Laâyoune, le groupe d’ados trompe l’ennui en attendant la diffusion à la télé des matchs de foot de la Coupe d’Afrique des nations. Ils sont scandalisés : un de leurs profs vient d’humilier le plus faible d’entre eux, un jeune handicapé que tous protègent. Les filles sont les plus revendicatrices. Pas question d’accepter cette attitude colonialiste de l’enseignant marocain, pour qui le Sahara occidental fait partie intégrante du Maroc. Tandis que les jeunes sont de fervents séparatistes, malgré les risques politiques et la répression policière. Fervents, mais démunis : « Il y a quelques années, les Sahraouis du lycée manifestaient devant l’établissement (…). Mais depuis que nous y sommes, c’est devenu beaucoup plus compliqué : une estafette de police patrouille matin et soir et intervient au moindre attroupement, nous privant du seul moyen que nous avions de nous exprimer. » Dur, d’avoir des convictions, mais si peu de moyens de les exprimer. Reste le foot, le soutien à l’équipe d’Algérie. « Nous avons tous de la famille dans les camps en Algérie, près de Tindouf. L’Algérie a toujours soutenu les Sahraouis contre le Maroc, c’est notre grand frère. »
Cette chronique douce-amère d’une jeunesse tiraillée entre ses idéaux et sa flemme (ce sont surtout les garçons qui ressentent celle-ci, tandis que les filles s’activent, entre politique et travaux d’aiguille, on ne vous en dira pas plus), cette chronique, donc, sonne juste et est touchante. Si on n’est pas familier de la culture sahraouie, on sera content d’en découvrir certains aspects. La nostalgie de Daha, qui se souvient, étant enfant, de l’océan, à seulement 15 km de sa ville poussiéreuse. L’été, « la plage couverte de tentes, entre Foum El Oued et le port d’El Marsa. Des modernes, en toile légère, mais aussi de véritables khaïmas traditionnelles avec tout ce qu’il faut dedans : le réchaud, la vaisselle, les tapis, le buffet. Les gens déménageaient l’appartement à la plage et retrouvaient, le temps des vacances, un ersatz de vie bédouine. » Et si on n’est pas familier du foot, on se surprend à s’intéresser soudain au résultat de cette CAN 2019, remportée par… l’Algérie. La littérature possède vraiment des vertus stupéfiantes.
Anne Kiesel
Laâyoune, en attendant,
de Nicolas Rouillé
Anacharsis, 160 pages, 18 €
Domaine français Attendre l’espoir
mai 2026 | Le Matricule des Anges n°273
| par
Anne Kiesel
Un livre
Attendre l’espoir
Par
Anne Kiesel
Le Matricule des Anges n°273
, mai 2026.

