Le Clown comme un poème se situe entre la conversation et la conférence. C’est également le texte d’un spectacle. L’ouvrage fait penser à Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke en ce qu’il s’intéresse à la création artistique. Ici, l’échange tourne autour de l’art du clown. En l’occurrence un clown de théâtre : Arletti, que porte Catherine Germain depuis une quarantaine d’années et pour qui François Cervantès écrit des textes, il dira même qu’il est devenu son parolier.
Le dispositif est plutôt judicieux, la pièce commence comme une conférence, puis François Cervantes invite le clown Arletti à le rejoindre. Il invitera ensuite la comédienne Catherine Germain à s’exprimer, tous deux partageant une grande complicité artistique. Pour Cervantès, c’est le clown lui-même qui aide le ou la comédienne à trouver son propre clown et non l’inverse. L’écrivain affirme qu’avant de savoir comment il peut chercher son clown, l’acteur doit se demander pourquoi il le cherche. Et se poser des questions : « Entre lui (l’acteur) et cette créature (le clown), qui à son avis est le plus vivant ? Est-ce que c’est lui qui est capable de donner vie à cette créature ? Ou est-ce que c’est cette créature qui lui donnera vie, parce qu’il n’est pas si vivant et si libre que cela ? » Car pour l’écrivain, le clown est un être fondamental, essentiel, entièrement poétique. « Il porte des désirs immenses, il n’y renonce pas ».
Ce texte parle de l’invisible et redonne un côté sacré à la scène. Il convoque des images puissantes, comme lorsque François Cervantès évoque l’un des tournants du travail de sa compagnie : « Pendant que Catherine se maquillait, elle a vu Arletti arriver dans le miroir, et l’aider à finir la peinture sur son visage. Au début, c’était Catherine qui dessinait Arletti, et après c’est Arletti qui finissait d’effacer Catherine. »
À la fin de la pièce, c’est Catherine Germain qui raconte, en toute humilité, la création d’Arletti. « Le clown arrive quand on est perdu, quand on a peur, quand on est seul, quand on avance sans savoir si on est vraiment vivant, quand on ne se sent pas complet. Si cette conviction n’est pas là, si on a verrouillé, si on pense gagner quelque chose, on ne pourra pas emprunter ce petit sentier étroit et pauvre pour rejoindre nos désirs d’enfant, rejoindre la source naturelle. » Elle poursuit : « Arletti, c’est ce qui m’est arrivé de plus extraordinaire. »
Le texte se transforme en cheminement philosophique, Catherine Germain concluant : « C’est ce que je souhaite à tout le monde : ne plus être encombré par qui on est. » Une citation de René Char résonne alors : « Tu feras de l’âme qui n’existe pas, un être meilleur que toi. » Le Clown comme un poème est une invitation à l’essentiel.
Laurence Cazaux
Le Clown comme un poème,
de François Cervantès
Les Solitaires intempestifs, 54 pages, 10 €
Théâtre Réveiller nos êtres intérieurs
septembre 2026 | Le Matricule des Anges n°276
| par
Laurence Cazaux
Pour François Cervantès, « Au fond de nous, il y a une porte qui ouvre sur le dehors. » Notre clown aurait le pouvoir d’ouvrir cette porte.
Un livre
Réveiller nos êtres intérieurs
Par
Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°276
, septembre 2026.

