Alors que septembre déverse ses tombereaux de romans nouveaux dans ce qu’il reste de librairies, un auteur discret interroge le mobile de cette mystérieuse frénésie. Car deux fois l’an en effet jaillit cette hypothèse de « rentrée » que l’appétit d’une vie artistique est d’autant plus vif qu’une vie intime et sociale insatisfaisante conduit à recourir à une créativité salvatrice. C’est notamment le cas du narrateur d’Un beau poison, kiosquier de son état, comme Dominique Pascaud, qui fut d’abord professeur d’art (il a écrit des méthodes pour maîtriser l’aquarelle, subtile pratique) : abordé par une muse de notre époque qui lave chaque jour son unique culotte au lavabo, le narrateur écrit, se voit corrigé, reprend et, finalement, se fait barboter son manuscrit par le « grand écrivain » de sa clientèle au profit d’un gommeux qui a tout pour réussir. Injuste sort ! Lancé dans sa propre vie « à vive allure, comme si, emportés dans un wagon vers une destination inconnue, nous étions arrimés à notre siège, brinquebalé pas les cahots de ce train qui ne pouvait plus faire marche arrière », le kiosquier s’obstine et devient nègre. Tout cela narré avec des poussées brillantes et même une taxinomie des livres en odorama. Surtout, c’est une constante réflexion sur la création, sur sa nécessité et sur le succès. Dominique Pascaud avait déjà envisagé l’échec dans son premier roman Figurante (La Martinière, 2015), il prolonge ici avec cette fable sur la littérature : « Plus j’y réfléchissais, plus je pensais que l’art était un échec qui avait trouvé refuge. Réussir ne signifiait rien. Une œuvre d’art était un échec sauvé, une anomalie dans une alcôve. (…) Mon travail m’avait emporté sur des rives inconnues, que seuls des hommes au regard clair et lucide pouvaient s’inoculer. C’était un poison, une bénédiction, une malédiction »… Une fable qui fleurit en un éloge des petits-maîtres et de l’humilité. « La littérature n’avait pas tant besoin que ça de ma prose. Elle n’avait besoin de personne. Pourtant, des personnes avaient eu besoin d’elle. » Alors, remède ou poison ?
Éric Dussert
Un beau poison, de Dominique Pascaud
Le Dilettante, 192 pages, 19 €
Domaine français Un beau poison
septembre 2026 | Le Matricule des Anges n°276
| par
Éric Dussert
Un livre
Par
Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°276
, septembre 2026.

