auteur Jean Echenoz
A propos
Le romancier funambule
En une vingtaine de livres, Jean Echenoz a construit une des œuvres les plus solides et les plus libres de la littérature française contemporaine. Entre humour et mélancolie, il y jongle avec les genres en retrouvant le plaisir jamais perdu de la péripétie.
Dans Cherokee (1983), deuxième roman de Jean Echenoz, Georges Chave, prototype du personnage sans qualités particulières, si ce n’est qu’il aime le jazz et végète un peu, se retrouve à faire le détective privé à l’insu ou presque de son plein gré et, contre toute attente, à résoudre avec une facilité déconcertante plusieurs affaires. Sans que l’on sache trop, d’ailleurs, à quel point il est conscient de ses actes et quelle compréhension il a du réel qui l’entoure. Tout n’est peut-être qu’une affaire de hasards moins objectifs que dérisoires. Plus loin, alors qu’il est nébuleusement...
Impressions d’Afrique
Un homme se jette de la fenêtre d’un immeuble et s’écrase au sol. Au même moment, un autre sort du même immeuble, semble ne rien remarquer et s’éloigne, plongé dans ses pensées, alors qu’il fait « trop frais pour la saison ». Il n’a rien vu et peut-être rien entendu, puisque le bruit d’un corps qui s’écrase n’est « pas plus distinct que celui d’un sac de ciment chu d’un échafaudage ». Double...
Une mécanique de précision
Du Méridien de Greenwich à Bristol, Jean Echenoz évoque dans cet entretien sa manière de concevoir et d’articuler des romans aussi décalés que savamment construits.
En 2006, Jean Echenoz accueillait Le Matricule des anges dans le XXe arrondissement de Paris. Dix-neuf ans plus tard, il nous reçoit cette fois dans le IXe, non loin de Pigalle, dans un grand salon dépouillé, discrètement orné de quelques livres. Ce déplacement dans l’espace parisien semble naturel chez un écrivain qui a fait de la capitale l’axe autour duquel s’organisent ses romans riches...
Ouvrages chroniqués
14
de
Jean Echenoz
2012
Comme si de rien n’était et comme personne, Jean Echenoz raconte la grande guerre.
Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d’entre eux. Reste à savoir s’ils vont revenir. Quand. Et dans quel état. » Le rythme brisé de cette quatrième de couverture avertit que nonobstant son grrrrand sujet, Echenoz ne va pas emprunter les orgues du roman historique. On retrouve d’ailleurs les marques usitées du romancier : par exemple pour la forme le savant tricotage des temps (nul aoriste, mais de très riches passés composés qui s’acoquinent au subjonctif imparfait) et l’espiègle jeu des discours rapportés (quand ceux-ci viennent tout à coup, phrases...
Des éclairs
de
Jean Echenoz
2010
Jean Echenoz clôt avec Des éclairs son triptyque biographique commencé avec Ravel puis Courir. C’est à la figure de l’inventeur Nikola Tesla que le roman cette fois s’attache. Prénommé ici Gregor, on le suit depuis sa naissance très romanesque, jusqu’à sa mort qui l’est tout autant. Reste qu’on le suit d’un peu loin, dans cette distanciation presque dilettante qu’impose l’auteur. Adepte d’une sorte de ligne claire du récit, Jean Echenoz livre un roman, agréable certes, mais si lisse qu’il semble n’être qu’un long prologue à une histoire qui ne vient pas. Séduit par la légèreté de la...
Vie de Gérard Fulmard
de
Jean Echenoz
2019
Un type paumé est embarqué dans une machination politique qui lui échappe. Jean Echenoz a l’art de construire des intrigues aussi alambiquées que réjouissantes.
J’en étais là de mes réflexions quand la catastrophe s’est produite » : ça commence un peu n’importe où, en plein milieu dirait-on, à mi-chemin du climax et de la grisaille quotidienne. C’est l’histoire d’un type sans éclat dont le nom rime – « presque le nom d’un oiseau marin », s’enorgueillit-il – et dont l’existence rime aussi, avec déboires, avec malentendus, avec embrouilles. Car c’est bien là ce qui semble animer cette Vie de Gérard Fulmard le bien nommé, un homme discret dont la « carrière n’a pas assez retenu l’attention du public » : un certain goût – malgré lui, peut-être – pour...
Envoyée spéciale
de
Jean Echenoz
2016
L’écrivain reprend ses fondamentaux et une grande forme : récit d’aventure, roman d’amour, soap opéra, cinéma d’espionnage, de la diagonale du vide français(e) à la Corée du Nord ; tout cela, entre autres, est miniaturisé dans Envoyée spéciale.
Lire Echenoz, c’est souvent faire un pas de côté. Côté face, il y a le genre, voyant, polar, d’Envoyée spéciale et ses accessoires à gogo (voitures, pistolets, petits doigts) ; côté pile, il y a des poèmes saugrenus (une cache dans une éolienne tournant à l’envers, un merle minimaliste, les variations de la voix du métro). On croit tomber dans OSS 117 manière éditions de Minuit et on dérive dans une lente suite d’aquarelles – entre la réjouissance et les mélancolies. Et c’est sans fond. Ce vertige tranquille est l’élégance d’un grand auteur ; il dit le désir de roman, aussi : un élan et...
Courir
de
Jean Echenoz
2008
Courir a deux syllabes, comme Émile, le héros de Jean Echenoz qui traverse ces 146 pages comme un dératé, deux jambes. Si on peut, à la fin de cette romance, presque en douter, c’est qu’Emil Zatopek (né en 1922 en Moravie) rayonnera sur les pistes de demi-fond et de fond de 1948 à 1954, avalant médailles olympiques et titres de champion du monde, sans broncher. Un phénomène propre à ce que savent produire les républiques socialistes, diront les autorités tchécoslovaques fièrement, au moment même où on interdira à l’athlète d’aller fouler les pistes de cendre des régimes capitalistes....







