La rédaction Feya Dervitsiotis
Articles
Un livre
Viens Elie
de
Jonas Sollberger
Nocturne envol
Dans ce magistral premier roman allégorique, un jeune garçon traverse une forêt à la recherche d’un oiseau – et de son identité.
À l’orée de Viens Élie, on reconnaît ses influences norvégiennes. Il y a du Tarjei Vesaas dans le rapport foudroyant à la nature. Il y a du Jon Fosse dans les dialogues monocordes, dans la cartographie réduite à si peu – des champs, une barque, la maison, la forêt –, dans le recours à la répétition comme unité de mesure. Plus loin, lorsqu’il devient clair que la seule errance d’Élie fait le livre, on songe à Mes deux mondes de l’Argentin Sergio Chejfec, récit vertigineux d’une promenade dans un parc, ou encore à la Wanderschaft des Romantiques allemands. Mais très vite ces autres textes...
Natures russes
Le deuxième roman du russophone Alexander Ilichevsky frappe par son originalité. Au bord d’une rivière, des hommes discutent du sort d’une femme toxicomane, incapable d’être sauvée. L’auteur, installé en Israël, livre une métaphore de la Russie contemporaine.
Nous sommes au début des années 2000 lorsque Solomine – un ancien homme d’affaires retiré à la campagne pour trouver le calme et peindre enfin – est de passage à Moscou, ville abhorrée où la police guette à chaque coin de rue et qu’il se félicite d’avoir quittée. Le jeune quarantenaire entre dans le taxi d’une femme qui ressemble à Greta Garbo et qu’il désire instantanément. Cette « gracieuse...
De personne je ne fus le contemporain de Linda Lê
Le nouveau livre de Linda Lê repose sur une étincelle : l’unique rencontre, à Moscou en 1923, du jeune Hô Chi Minh et d’Ossip Mandelstam. Le texte s’organise en volutes autour de ce moment. Cent fois on s’éloigne du récit de cette collision improbable pour aborder la divergence mieux connue qui s’ensuivit – le poète, victime des purges staliniennes, fut persécuté jusqu’à sa mort ; le...
République sourde, d’Ilya Kaminsky
Dans une ville occupée, les envahisseurs font feu sur un jeune garçon sourd. Désobéissance civile, sidération qui s’éternise ou métaphore de l’assassinat du langage par la tyrannie, tous les habitants sont alors frappés de surdité. Le silence emplit chacun d’eux d’une irréalité figurée par des images denses, sensorielles et picturales : « Le bruit que nous n’entendons pas tire les mouettes...
L’ivresse des mots
Dans ce premier roman d’un poète, la complexité historique et politique d’une région d’ex-Allemagne de l’Est se dissout dans la puissance évocatrice de la langue.
Un homme s’installe avec femme et enfant dans la région de l’Elbe, il revient dans le pays de son enfance. Au cœur de ce territoire luxuriant, entre forêts d’arbres et d’aiguilles de grès, il reprend le fil de ce qui avait été interrompu. S’éloignant de leur maison, ses escapades le mènent là où, à l’adolescence, en voulant escalader un rocher à sa suite, son meilleur ami avait fait une chute...




