La rédaction Feya Dervitsiotis
Articles
Un livre
Viens Elie
de
Jonas Sollberger
Nocturne envol
Dans ce magistral premier roman allégorique, un jeune garçon traverse une forêt à la recherche d’un oiseau – et de son identité.
À l’orée de Viens Élie, on reconnaît ses influences norvégiennes. Il y a du Tarjei Vesaas dans le rapport foudroyant à la nature. Il y a du Jon Fosse dans les dialogues monocordes, dans la cartographie réduite à si peu – des champs, une barque, la maison, la forêt –, dans le recours à la répétition comme unité de mesure. Plus loin, lorsqu’il devient clair que la seule errance d’Élie fait le livre, on songe à Mes deux mondes de l’Argentin Sergio Chejfec, récit vertigineux d’une promenade dans un parc, ou encore à la Wanderschaft des Romantiques allemands. Mais très vite ces autres textes...
L’hellénisme comme humanisme
D’un intérêt exceptionnel, le premier tome du journal que tint le poète Georges Séféris jusqu’à sa mort en 1971 brasse aussi bien la littérature que l’histoire, la langue et la guerre, de la Grèce à l’Europe.
Parce qu’il est né en 1900 à Smyrne, la vie de Séféris épouse celle de son siècle. Les persécutions turques contre les Grecs d’Anatolie puis la Grande Guerre poussent la famille Séfériades à rejoindre l’autre rive en 1914. Après avoir perdu la patrie de son enfance, dont le souvenir mélancolique le hantera toute sa vie, Séféris finit le lycée à Athènes puis part étudier le droit à Paris. Le...
Sans plus attendre de Sylvie Durastanti
Avec ce premier roman, Sylvie Durastanti propose L’Odyssée du point de vue de celles qui ne sont jamais parties. Composant un échange muet, les voix de la « maîtresse » et de la vieille servante s’élèvent en alternance, s’observent mutuellement dans cette épreuve de quinze ans. L’écriture, sobrement lyrique, s’étire en un rythme contraint qui figure un immobilisme minéral : celle qu’il faut...
La ville imprenable
Berlin, 1994. Un écrivain bataille avec le projet condamné d’écrire le roman de cette ville sortie de l’Histoire. Matthias Zschokke, lui, y parvient, à coups de pages ruisselantes d’angoisse et de beauté.
Paru il y a plus de vingt-cinq ans et enfin traduit, Le Gros Poète répondait à une pulsion écrasante : « tout le monde connaît les événements du siècle qui viennent de se dérouler chez nous, et tous attendent maintenant le roman du siècle qui déferlera en trombe sur ces événements ». Soit écrire la capitale réunifiée. Cette entreprise à l’envergure gênante, l’auteur refuse de l’assumer. Il se...
Préparation de la migration
Rêveries et scènes de la vie quotidienne d’une femme iranienne qui sonde les mystères de soi et d’« ici » tandis que son mari désespère de partir en Occident.
Deuxième texte traduit en français (après Un secret de rue, Zulma, 2011) et premier roman de l’autrice iranienne Fariba Vafi, Un oiseau migrateur (2002) est étonnant sans en avoir l’air. L’écriture, intimiste et plate, se laisse oublier à mesure qu’on la lit, à tel point que l’on soupçonne le traducteur d’appauvrir la langue. L’histoire, elle, puise dans sa simplicité même une force discrète....




