La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Brindilles aux lèvres
S’il écrit pour mieux respirer, c’est avec la délicatesse des sensibles et la politesse légère des désespérés. Peu de mots lui suffisent à saisir la beauté.
Bras gauche tatoué comme un repris de justice, barbe de bûcheron canadien ou d’hipster californien, Thomas Vinau cache bien son jeu. Sa voix n’est pas celle du bluesman qu’on attendrait : fluide et claire, elle avance avec beaucoup de précautions dans la relation à l’autre. Sur la terrasse de la maison où il vit avec sa petite famille, il laisse volontiers à son visiteur les rênes de la...
Un auteur
Les mots pour flambeaux
Récit initiatique sombre et organique, le nouveau livre de Thomas Vinau est une manière de se confronter à son propre trou noir.
Dans Le Camp des autres (2017), Thomas Vinau met en scène un jeune garçon, Gaspard, qui s’enfuit de chez lui avec son bâtard de chien. Il vient de se débarrasser de son père et envisage de vivre dans la forêt sauvage. Le Récit des gouffres pourrait être le livre d’avant Le Camp des autres, d’avant la fuite de Gaspard, comme il pourrait faire suite à Fin de saison (2020) et se dérouler après...
Un auteur
Écrire, synonyme de respirer
D’une enfance marquée par la mort du père à la publication de ses poèmes et romans, la vie de Thomas Vinau ressemble à une traversée initiatique Du silence aux mots, de la nuit au jour. Et son dernier livre paru, une métaphore de cette vie.
On s’attendait à trouver, au bout d’un jardin borné de broussailles, une rivière idéale pour les après-midi farniente par ce temps caniculaire d’octobre : « Serviette par terre, tomates et jambon cru. J’ai rapporté du pain frais du village, un melon et deux bouteilles de vin blanc sec » (Ici ça va). Mais le village où vit Thomas Vinau s’avère être un gros bourg de 20 000 habitants où sa...
Partition fractale
Le nouveau roman de Pierre Ducrozet déploie un siècle de musiques où la tectonique du monde épouse les battements du cœur de son héros. En un chant sensible et monumental.
Pierre Ducrozet ne manque pas d’ambition. Ses romans n’ont pas de frontières, le monde est son terrain de jeu et la quête d’un absolu constitue le ressort qui pousse ses personnages à toujours se dépasser jusqu’à atteindre une forme d’héroïsme. Pierre Ducrozet ne manque pas non plus de confiance : celle qu’il place dans la langue d’abord dont il use comme si elle était une source d’énergie...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



