La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Penser l’accueil
En octobre 2017, des migrants s’installent dans les jardins de la faculté de Lettres de Clermont-Ferrand. Commence alors une expérience collective d’accueil dont Réfugier, livre-coffret, conserve la mémoire en même temps qu’il explore les liens entre la littérature, les sciences humaines et l’hospitalité. Catherine Milkovitch-Rioux, chercheuse et professeure de littérature contemporaine à...
Un auteur
Réparer les morts
Radicalement engagée auprès des réfugiés, Marie Cosnay retrouve dans son combat les forces incandescentes à l’origine de son œuvre. Et son écriture une puissance orphique.
Si la parution ce mois-ci du deuxième tome de la série Des îles fait incontestablement partie de l’actualité littéraire de ce début d’année, cette actualité n’est rien au regard de ce qui a fait naître ce livre. De l’urgence à dire, garder trace, penser les événements tragiques dont il est question ici : la mort de milliers de migrants dont certains à la frontière entre Espagne et France au...
Un auteur
Faire face au désastre
Avec son projet « Des îles » qui devrait compter trois volumes, Marie Cosnay a commencé l’instruction d’un procès à venir. Mais elle tente surtout de sauver, par les mots, les âmes des disparus.
C’est à l’occasion de la parution d’Entre chagrin et néant aux éditions Laurence Teper que nous étions allés interviewer Marie Cosnay pour le dossier du Matricule N°102 (avril 2009). Le livre portait le témoignage de comparutions d’étrangers sans-papiers au tribunal de grande instance de Bayonne, ville où elle vivait, où elle vit toujours. On opposait alors la forme de ce livre, sans fiction,...
Traversée du siècle
Dans ce premier roman au chevet de l’Histoire, Adrien Genoudet use d’une langue épaisse qui déchire les apparences et confère au récit une matérialité impressionnante.
À la suite d’une rupture amoureuse, un homme s’installe quelques jours dans la maison familiale de l’impasse du Champ des cris où il venait enfant. Maison aux odeurs lourdes de graisse et laissée vide après la mort d’Onésime, l’aïeul auquel enfant il n’accordait guère d’attention. Il se souvient d’Onésime et Simone sa femme, leurs corps vieux, meurtris, « je les voyais essuyer leurs babines...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



