La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Lignes N°02 (nouvelle série)
Du lager au goulag
Publiée précédemment par les éditions Hazan, la revue Lignes a trouvé avec les éditions Léo Scheer un lieu d’accueil salvateur. Après un premier numéro « Sartre-Bataille » c’est à nouveau autour d’une figure intellectuelle du siècle que s’est constitué ce numéro deux : David Rousset. Les textes proposés dans la première partie de la revue ont été écrits pour être prononcés lors d’une...
Un livre
21-3 N°3
21-3
Il devient difficile de faire des revues moches ! Jouant de toutes les possibilités du noir et blanc sur papier glacé, c’est par son esthétique que 21-3 séduit. Et c’est par le fronton de son troisième numéro qu’elle encourage à la lecture : Yves Martin (à titre posthume), Marcel Moreau et Hubert Haddad en sont les principaux invités. On regrettera la petitesse de corps des caractères du...
Un livre
Le Paresseux N°19
Le Paresseux
C’est une très belle nouvelle d’André Legrand qui ouvre la 19e livraison du Paresseux. Une histoire de pêche miraculeuse et de vélo trop lourd (« il fallait appuyer comme un sourd sur les pédales pour qu’elles consentissent à tourner d’un quart de tour, mais il était beau quand même »). La tendresse, l’ironique nostalgie et l’humour mettent le lecteur en appétit. Ça tombe bien : la suite...
Un livre
La Langue
de
Olivier Rolin
La Langue
Dans un bistrot où personne n’entre, elle est serveuse. Lui, un intellectuel qui fuit ici un amour perdu. S’il la regarde comme une Emma Bovary, il se voit comme un Don Quichotte et les moulins contre lesquels il se bat parlent mal dans le poste de la radio. Les mots les rapprochent. Lui veut l’emporter dans un univers à la Lewis Carroll pour grande fille (on l’imagine, elle, dans la tenue...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...

