La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Les Derniers Jours de l’humanité
de
Karl Kraus
L’Apocalypse en chantant
Née du journalisme satirique, la pièce de Karl Kraus démarre sous les grincements ironiques pour se clore sur une hallucinante prophétie.
C’est un premier avril, en 1899, que naît le journal satirique Die Fackel (Le Flambeau) qu’un seul homme dirigera durant 37 ans : Karl Kraus. Grain de sable et poil à gratter de la bonne société autrichienne, Die Fackel accueillera nombre de jeunes auteurs et se fera l’ardent défenseur de musiciens comme Schönberg. Épris de littérature et de musique, Kraus pourfend la presse qui, soucieuse de...
Chronique paysanne
Pour les citadins, il y a peut-être dans la poésie de Pascal Commère comme de l’exotisme. Attaché à sa terre bourguignonne, ce comptable des entreprises agricoles peuple ses recueils de vaches « au cul lourd ». On le sait depuis le père Hugo, la vache peut faire l’objet d’un poème. Mais les vaches qu’on croise ici n’ont rien des images d’Épinal, et rien de métaphorique. Elles sont animales...
Un livre
Si peu de terre, tout
de
James Sacré
Si peu de terre, tout
La terre dont il est question ici est autant celle du « paradis d’enfance », la Vendée natale avec ses foins, ses bouses de vaches, ses paysans et « les oiseaux patois dans les buissons dehors », le monde qui s’offre dans le dictionnaire agricole Larousse et dans la solitude des champs que la glaise et l’argile qui accueillent les premières écritures. C’est aussi « comme une mémoire. Une...
Un livre
Marche forcée, œuvre 1930-1944
de
Miklós Radnóti
Il remue encore
Poète et traducteur le Hongrois Miklós Radnóti dressa la poésie face à la barbarie. Parce que parfois la vie ne se trouve plus que dans les vers….
Visage émacié et juvénile, regard triste : lorsqu’on a lu Miklós Radnóti, son portrait suffit à émouvoir. Rarement le destin tragique d’un poète aura à ce point épousé celui d’un continent entier. Marche forcée, dont le titre bouleversant (on verra pourquoi) reprend un des derniers poèmes du Hongrois, se clôt par un récit autobiographique, Le Mois des gémeaux. La Seconde Guerre mondiale, avec...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


