La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Prétexte 5 ans
Prétexte fin et suite
La dernière livraison de Prétexte née il y a cinq ans restera l’ultime. « La fin d’une revue signifie trop souvent une mort non-annoncée, un rapide glissement vers le silence » écrivent dans un édito touchant mais non amer Lionel Destremeau et Jean-Christophe Millois. Leur suprême élégance sera donc de boucler la boucle avec ce numéro Ultimum. Prétexte ne part pas sans dire au revoir à ses...
Un livre
Le Diable, l’amoureux et la photocopine
de
Perrine Rouillon
La petite schizo
Perrine Rouillon s’est inventé un alter ego de dessin : La Petite Personne. Précieuse compagne pour s’interroger sur l’existence.
Le bibliothécaire, le documentaliste, le lecteur rencontrent parfois quelques difficultés à classer un livre dans un genre bien précis. Certains ouvrages, en effet, revendiqueraient aussi bien la poésie que la prose, la nouvelle que le récit. Pour ce qui est du troisième ouvrage écrit par Perrine Rouillon, le problème ne se pose plus : désormais, en effet, on aura intérêt à créer le genre...
Un livre
Keuleuleu le vorace
Illustration(s) de Patricia Legendre
de
Christian Prigent
Dis-moi pourquoi tu manges
Dans son premier album, Christian Prigent prend à rebrousse-poil la morale du conte. Il invite comiquement à goûter à l’inconnu. Non sans risque.
Écrit pour sa fille Judith, Keuleuleu le vorace, le premier ouvrage pour la jeunesse de Christian Prigent, poète, romancier et essayiste (cf. Lmda N°28), reprend, jusqu’à un certain point, la forme du conte. Keuleuleu est un loup vorace, chargé d’une famille affamée. Il part en chasse mais doit traverser toute la forêt familière avant de tomber sur le moindre gibier. Son périple le conduit...
Un livre
La Douceur
de
Christophe Honoré
L’enfance barbare
S’il évoque la soumission, la sexualité et la violence, le nouveau roman de Christophe Honoré délimite aussi le territoire d’une idylle et d’une Rédemption.
Si vous atteignez la page 104 du deuxième roman (pour adultes) de Christophe Honoré, vous n’en sortirez pas indemne. Lorsque le livre s’ouvre à nous, un crime a eu lieu. Nous sommes dans le réfectoire d’une colonie de vacances, les gendarmes sont là. Deux enfants, Jérémy et Steven sont embarqués. Ce qui s’est passé dans la nuit ne nous sera décrit qu’à partir de la page 104. Mais on sait, on...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...

