RUBRIQUE Entretiens
Les articles
L'absent, mort et vivant
Un récit de non-fiction, irradié, choral, quasi liturgique, par le valencien Paco Cerdà, autour d’une grandiloquente cérémonie du franquisme.
Chemin de croix. Chemin fleuri. Chemin de torches et de ténèbres. Chemin parsemé d’os, de sang, de saluts fascistes ? Chemin sur lequel fut scandé, associé au mot Présent ! le nom de José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange espagnole, fusillé trois ans plus tôt dans une prison républicaine. Corps jamais posé à terre, porté par ses fidèles. Quatre cent soixante-sept kilomètres, en onze jours, dix nuits, du 20 au 30 novembre 1939. D’Alicante, lieu de l’exécution, au mausolée des Rois d’Espagne, à l’Escurial, près de Madrid. Cérémonie grandiose comme les régimes dictatoriaux...
Un auteur
L’avancée pragmatique de Jean-Jacques Reboux
Avec Le Massacre des innocents, jean-Jacques Reboux endosse ses habits d’auteur de polar. L’éditeur (Canaille) lui, aimerait souffler un peur.
J’aimais bien lire des polars, mais je serais tombé de haut si on m’avait dit, il y a dix ans que non seulement j’en écrirai, mais aussi que j’en publierai. » A 37 ans, Jean-Jacques Reboux a l’allure d’un étudiant à qui on donnerait ses diplômes sans confession. Ce qui ne l’empêche pas de se faire un joli nom dans le milieu de la littérature policière. À la fois auteur et éditeur (les...
Un auteur
L’or et l’azur du poète Mario Luzi
A plus de 80 ans, Mario Luzi offre avec Voyage terrestre et céleste de Simone Martini un vaste poème polyphonique sur la nature artistique et l’être humain inspiré par un des grands peintres siennois de la Rennaissanve.
Dorme il suo viaggio, lui, entra/ fasciato dal suo sonno/ nello spazio che lo ingoia/ e nel tempo che lo attende/ Entra nel suo futuo/ lui, dormiente. » (« Il dort, lui, son voyage, entre / langé par son sommeil/ dans l’espace qui l’engloutit,/ dans le temps qui l’attend./ Il entre dans son futur, lui, dormant. »)
Dans le Petit Palais d’Avignon, la voix grave et profonde du poète italien...
Un auteur
Il me semble toujours prendre les choses...
Lors de son entretien au Matricule N° 9, le jeune Mehdi Belhaj Kacem n’accordait que peu de respect aux écrivains contemporains. Seuls échappaient à son jugement sévère Julien Gracq (« cette vieille Baderne » et Pierre Michon pour lequel l’hommage avait été appuyé. L’auteur des Vies minuscules a lu Mehdi Belhaj Kacem avec plus que de l’intérêt. Deuxième volet d’une correspondance aiguisée.
Il me semble toujours prendre les choses par plus bas que le bas «
Pierre Michon : Vous lisant, on est doublement agressé -et réconforté : on est d’un côté violemment immergé dans ce temps que nous vivons, dans cette mosaïque barbare de marginalités exaspérées et redondantes qu’est notre monde ; et on a en même temps l’impression d’être confronté à quelque chose de très ancien, la grande...
Un auteur
« Je ne peux que rire de moi-même, si je me vois en train de bricoler du roman. »
Pierre Michon et Mehdi Belhaj Kacem ont, chacun de son côté, inscrit l’écriture dans un processus charnel d’une rare violence. Porteur, chacun, de pas mal d’estime pour le travail de l’autre, ils se livrent ici dans cette correspondance comme il leur a été peu souvent l’occasion de le faire. Premier volet d’une correspondance de deux exigences littéraires qui savent ne pas s’épargner.
Mehdi Belhaj Kacem : Il y a toujours eu chez vous une défiance extrême à l’égard non seulement de la technicité littéraire, mais aussi à l’égard de la technique tout court ; ce qui a fait de votre œuvre la seule contemporaine à accéder au chant -ou en tout cas à ma connaissance à l’atteindre à ce point. En vous engageant dans l’ambitieux projet de L’Origine du monde, il vous était difficile...
février 1996
Le Matricule des Anges n°15

