Chemin de croix. Chemin fleuri. Chemin de torches et de ténèbres. Chemin parsemé d’os, de sang, de saluts fascistes ? Chemin sur lequel fut scandé, associé au mot Présent ! le nom de José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange espagnole, fusillé trois ans plus tôt dans une prison républicaine. Corps jamais posé à terre, porté par ses fidèles. Quatre cent soixante-sept kilomètres, en onze jours, dix nuits, du 20 au 30 novembre 1939. D’Alicante, lieu de l’exécution, au mausolée des Rois d’Espagne, à l’Escurial, près de Madrid. Cérémonie grandiose comme les régimes dictatoriaux aiment en organiser pour frapper les cœurs, les imaginaires, les vaincus. La guerre finie, les exécutions de masse continuent, le souvenir de José Antonio, fils aîné de Miguel, précédent dictateur de 1923 à 1930, peut enfin être morbidement célébré, sanctifié, presque embaumé. Comment Franco avec qui José Antonio, aristocrate lettré, poète, n’avait pas vraiment d’atomes crochus, s’est servi de cet événement pour asseoir prestige et autorité ?
Paco Cerdà, né en 1985, issu du journalisme d’investigation, fondateur de La Caja Books, maison de littérature non romanesque a publié six ouvrages dont trois traduits en français. Les Quichottes (La Contre Allée, 2021) est le récit d’un voyage de 2 500 km à travers les 65 000 km2 du deuxième plus grand désert le moins peuplé d’Europe, après la Laponie, entre (sic)… les provinces de Guadalajara, Saragosse, Teruel, Castellón, Valence. Le Pion (La Contre Allée, 2022) narre les 77 mouvements d’échecs de la partie opposant Bobby Fischer et Arturo Pomar, le maître espagnol, mais pas que…
Présents, mortifère road-movie, égrène ces jours et ces nuits mis en scène autour de la figure de l’Absent, offrant une fresque monumentale, extrêmement documentée de la folie meurtrière du franquisme, monstrueuse alliance du sabre et du goupillon, ainsi qu’un ossuaire aux sans-grade victimes de la guerre civile. Un travail sur la narration hors du chemin battu…
Paco Cerdà, comment définiriez-vous votre écriture ?
Difficile de la catégoriser, au-delà de la non-fiction littéraire, je cherche précisément à évoluer à la frontière entre journalisme et littérature. M’intéresse au récit d’événements réels à l’aide d’outils narratifs : rythme, atmosphère, construction des scènes, souffle poétique du langage. Je n’invente rien. Tout découle d’une recherche rigoureuse. Je m’efforce à ce que le lecteur comprenne non seulement rationnellement ce qui s’est passé, mais le ressente aussi. La longue procession du corps de José Antonio n’est pas qu’un simple épisode historique : c’est une métaphore du pays, de la manipulation politique de la mort et de la construction d’un mythe. C’est aussi une métaphore de la façon dont une réalité est exagérée pour en masquer une autre : la répression. Mon écriture vise précisément cela : éclairer la réalité par l’émotion sans jamais trahir les faits.
Comment est né ce besoin ?...
Entretiens L’absent, mort et vivant
juin 2026 | Le Matricule des Anges n°274
| par
Dominique Aussenac
Un récit de non-fiction, irradié, choral, quasi liturgique, par le valencien Paco Cerdà, autour d’une grandiloquente cérémonie du franquisme.
Un livre

