RUBRIQUE L'Anachronique
Les articles
In the Pilat
Dans la demeure n’est accroché qu’un seul tableau, mais sans cesse changeant. La vaste fenêtre, percée dans un mur épais, donne sur deux monts voluptueux. Un hameau rose pâle, dans l’échancrure, figure une faveur au soutien-gorge. Devant s’étend un kilomètre de plateau où ondule le blé en herbe, un ventre en chlorophylle. Puis ce sont quelques arbres, des buissons, ceux-là à portée de main… Chambre avec vue sur la géante, depuis le pubis.
On ignore la tête qu’elle a, au-delà du Pilat. Des ciels également démesurés témoignent de son humeur, tantôt cotonneuse, ouatée jusqu’aux...
Il y a le ciel, die Sonne und das Meer
En juin, d’un certain point de vue, l’on a annoncé en France le retour de discrets migrateurs - discrets, aimables, mesurés et timides souvent, les Allemands. Au beau milieu de l’année ont eu lieu en effet les épreuves du bac philo. Depuis des milliers de bureaux s’est élevé un appel muet, qui convoquait Hegel, Kant, Heidegger, Nietzsche. « Non, pas ces deux derniers », m’assure un être...
Planter son mai
Mai, de Maïa, l’une des Pléiades, une divinité sub-olympique. Les Romains imaginaient en effet, entre l’Olympe et la surface du sol, le vaste espace occupé par des dieux. Les principaux étaient l’Aurore, le Soleil, la Lune, les Astres, le Feu et les Vents. On peut voir à l’œil nu les Pléiades la nuit. Le nuage interstellaire qu’elles éclairent les enveloppe d’une gaze émouvante. Même de loin,...
Un copain en or
Baisse la tête quand mars arrive. Le gros de l’hiver est passé, mais subsistent quelques jours retardataires. On craint près de Bordeaux le marz martera (qui cogne). Il tue, dit-on, les vaches, les veaux, et même les mairaus (gardiens). Ce doit être le choc thermique, comme pour les orangers ou les fuchsias.
Je n’ai pas éprouvé la peur du manque, cette année. De n’avoir plus rien à croûter,...
Cartes de vœux
Nous arrivons au milieu des mois en R. Dans les rues, la pluie, le vent, le froid, les couleurs issues du ciment et du blanc d’Espagne, la lumière capable, à midi, de s’assombrir encore, comme si un nuage s’était glissé sous la couche des autres, cravachent notre allure. Nous ne nous arrêtons plus devant les vitrines où nos silhouettes reflètent une espèce homogène, inattentive, d’individus...
