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Poésie La lumière de Mussapi

septembre 1996 | Le Matricule des Anges n°17 | par Marc Blanchet

La traduction de l’italien Mussapi confirme l’excellence d’une poésie faite d’extases, d’hallucinations et d’un amour de la vie ancrés dans le réel.

En 1981, parut en Italie le premier ouvrage de Roberto Mussapi : Le Sommeil de Gênes. Cette suite de poèmes, figurant en première partie de l’édition française de Lumière frontale, révèle d’emblée un auteur d’importance pour la littérature italienne. Le Sommeil de Gênes s’inscrit dans l’héritage, et non la répétition, de « l’hermétisme » italien, ce mouvement apparu dans les années trente et privilégiant sous le pouvoir mussolinien la saveur des sens et la musicalité de la langue.
Cette floraison poétique dont Mario Luzi est l’un des plus dignes représentants a connu bien des aventures mais demeure un courant dans la littérature de ce pays. La grande qualité de Mussapi est d’en poursuivre l’avènement, d’en redynamiser l’existence jusqu’à l’acquisition d’une écriture autonome. Grands fleuves ne menant à aucune mer sinon à une vision presque cosmique de l’humanité, les poèmes de Roberto Mussapi expriment une vision hallucinée du monde, dans la multiplicité des lieux et des instants. Dans une perception accrue de la réalité, les manifestations de la nature et de l’homme s’avèrent chez ce poète exprimées dans leur essence. Cette poésie traverse le quotidien, emprunte les éléments perceptibles de notre vie et les redéploie dans des glissements de conscience où intériorité et événements s’entremêlent.
Poésie de l’amour, dominée en tout vers par une vraie musicalité, l’écriture de Mussapi unit les êtres pour leur faire ressentir la validité de l’aventure humaine. Vision généreuse de l’homme malgré ses accès de souffrance, ses fermetures et sa raison, elle vient à la rencontre du lecteur et l’invite au voyage, abandonnant sur la route les signes de la révélation et de la vérité : « Et si les yeux recommencent/ à se serrer dans l’étau de glace,/ si les enfants ressuscités, implorants/ aveuglés par le grand pain et la fuligineuse/ flamme mordent en cet instant/ la veine de leurs mères, ce fleuve,/ frères, restitue le vert/ de sa naissance, et les innocents/ pâturages dans la bouche des nouveaux-nés/ et mon cœur aussi comme/ entre deux pierres se serre/ et meurt d’amour. »
Dans ce déferlement d’images et de sensations qui caractérisent la poésie de Mussapi, il n’y a pas de piège pour autant. Ses poèmes ne sont pas les effets d’une conscience extravertie, amoureuse de ses images comme certains de leurs performances. L’écriture garde toujours une ligne directrice, une fidélité à l’objet décrit, qu’il s’agisse d’un objet, d’un souvenir ou d’un désir.
La Fleur du géranium narre ainsi la solitude d’une femme dans une ville, vie désabusée qui prend ici des allures de sublime dans le souvenir éternel d’une fleur : « elle ne se souviendra pas,/ elle ne saura pas, elle regagnera les tunnels/ parmi ses frères douloureux et ignorants,/ mais son cœur ne changera plus de raison/ et ses yeux regarderont pour toujours avec un autre/ inconscient et souverain amour. »
Les poèmes de Mussapi sont faits de ces révélations intimes, présents dans le cœur comme des certitudes, mais inexprimables et douloureuses. C’est là une des grandes qualités de cette poésie : toucher dans un flot d’images l’essence de la vie, sentir la source d’un apaisement dans toute douleur, même si celle-ci demeure présente dans la majorité du livre, avec la mémoire du monde pour partage : « oh mère, oh mon père, pardonnez-moi/ si je n’ai rien à vous offrir/ que ce rendez-vous avec les vivants et leur souvenir/ et le rachat dans la secrète lumière de la chambre/ génératrice de becs et de vol, planant/ pour transmettre au monde votre sang et le mien. »

Marc Blanchet

Lumière frontale
Roberto Mussapi

traduit de l’italien par
M. Baccelli et J.-Y. Masson
Éditions de la Différence
174 pages, 120 FF

La lumière de Mussapi Par Marc Blanchet
Le Matricule des Anges n°17 , septembre 1996.
LMDA PDF n°17
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