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Domaine étranger Agustin : à bord de la marie-jeanne

juillet 1997 | Le Matricule des Anges n°20 | par Philippe Savary

Acapulco, début 70 : voyage psychédélique au coeur de la défonce. Un petit trip baroque plein de vie entre amis, par José Agustin. Jouissif.
Avec les grandes vacances qui se profilent, voilà un livre qui tombe à pic. Le Mexique, ça l’air drôlement bien, surtout Acapulco. La description qu’en fait José Agustin excite les papilles : la mer est un enchantement, les gens là-bas sont très très sympas (même si parfois ils se prennent un peu la tête), il y a des « filles embikinées (…) munies de gros seins, droits, confortables, hmmmm, dé-li-cieux (…) Et les ventres, un doux velours doré, wow ! » L’endroit a tout d’une oasis. Pour preuve, même ceux de la capitale viennent goûter ce doux bonheur, comme Rafael qui a abandonné « Mexicouille » pour rendre une petite visite à son pote Virgilio, histoire de se détendre. Ce dernier lui a promis quelques belles rencontres. « Ici à Acapulco is where the action is ! ». Et comment ! Les demoiselles se laissent tripoter, la consommation de Coca-Cola n’a pas encore supplanté celle de la marijuana, l’alcool blanc vaut deux fois rien, et les agents des stups plutôt fainéants sous ce soleil de plomb.
José Agustin aurait pu travailler pour le compte d’un office de tourisme. Mieux que les dépliants ! Le seul problème, c’est que la carte postale date des années 70 et qu’à force de vanter les forces paradisiaques de son pays, ce GO à la plume en ébullition s’est retrouvé derrière les barreaux. Motifs : politiquement incorrect et usage de drogues.Né en 1944, José Agustin a été l’initiateur culturel du Mai 68 version tequila. Il a inventé la Onda, un mouvement « irrévérencieux et ironique » nourri de littérature et de rock. Ses deux premiers romans, écrits en 1966, La Tombe et Mexico midi moins cinq, (traduits en 1993 en France respectivement chez Bernard Gilson éditeur et la Différence), sont là-bas des livres-cultes. La jeunesse nationale en quête d’identité y trouve toujours matière à enflammer ses fièvres existentielles. Les belles voitures, l’alcool, le sexe, José Agustin leur a montré que la vie valait tout de même la peine d’être vécue…Acapulco 72 (le titre original Se esta haciendo tarde, littéralement Il se fait tard) est donc le troisième roman de José Agustin publié en France. Il a été écrit en prison entre juillet 1970 et avril 1972. Acapulco 72 (360 pages) s’étire sur une journée et met en scène cinq protagonistes, pas genre cols blancs, plutôt le Club des cinq, façon je-me-la-coule-douce. Trois jeunes mecs : Rafael, diseur de bonne aventure ; Virgilio, dealer ; Paulhan, homo ; deux vieilles copines entretenues : l’une toujours séduisante, Francine ( « où qu’on me la mette c’est la gloire suprême (…) me sucer le minou, c’est comme boire du Grand Marnier » ) ; l’autre toujours en noir, Gladys (dit la « grosse saucisse ménopausée » ou « Répugrognante Dégueuladysse » ).Au début, ils se retrouvent tous ensemble (sauf Paulhan en train de roupiller chez Francine) attablés à un resto sur la plage de Caleta qui sert de résidence secondaire aux vieux richards. Les grandes discussions métaphysiques vont bon train. Rafael se présente : « J’essaie de pénétrer les gens jusqu’au fond d’eux-mêmes, je scrute / Je scrute !/ Moi je scrotte, a dit Virgilio./ Et moi je sclitoris, a ajouté Francine. » Le décor est planté. La petite discussion entre amis alimentée par des kilos de marijeannette, des litres de vodka et de tequila va se poursuivre chez Francine, puis dans un snack, puis dans un 4x4 avec lequel la joyeuse bande va semer la Volkswagen de la police de Transito. Le long voyage, après avoir avalé quelques pastilles de « silocibines sensationnels », se termine dans une lagune, à bord d’une barque qui dérive on ne sait où, guidée par un passeur impassible…
Voilà pour les lieux -plutôt maigre- où se passe l’action. Le reste, plutôt gras, ce sont des dialogues, pris sur le vif. Et quels dialogues ! truffés de néologismes, de bites, de picole, d’humiliations, de paranoïa, de souvenirs foireux. Des dialogues de paumés souverains qui prennent du bon temps, qui s’injurient à tour de bras entre deux dégueulis. Un disque rayé enchaîne les mêmes rengaines sur fond de zizique (Led Zep ou Joe Cocker) : - « faites chier », « t’es complètement défait », « passe le joint » A travers une langue bouillonnante et inventive, José Agustin nous gratifie d’une galerie de portraits qui effraierait le directeur du musée Madame Tussaud. Entre Rafael (dit le gourou) qui découvre son premier pied, qui craint l’intoxication et qui théorise (façon Woody Allen, trouillard et toujours intuitif), Rafael le vieux routard du pétard (il débite du « What a trip », « first class », « cool it », « et re on the road » à chaque inspiration), Gladys qui change de couleurs à chaque gorgée, et Francine la folle-dingue allumeuse, fière de ses fesses, qui éructe des insanités à chaque bouffée, la fine équipe assure. Acapulco 72 est peut-être le premier livre au monde à faire la part si belle au mal de tronche. Raide, tout le monde l’est, mais avec une souplesse langagière truculente, malgré leur « sourire débile collé aux lèvres ».José Agustin décrit cette longue descente en apnée autant par curiosité que par esprit morbide, « comme si j’étais un lecteur un peu crade qui lit et continue à lire en espérant un truc dégueux. » Les tarpés se consument commes les espoirs d’une autre vie. « L’enfer est dans nos têtes », répète inlassablement Paulhan. Dans ce remake de La Grande Bouffe, version psychédélique, avec de l’herbe servi à tous les plats, chacun veut faire quelque chose, mais ne sait pas exactement quoi. Seule parade : continuer à s’envoyer le menu de la journée. Au dessert, Francine voit alors des faces de diables phosphorescents aux dents pointues sortir de la mer. Virgilio, lui, ce sont ses poumons qui éclatent, son pancréas qui se détache, ses côtes qui se désarticulent. Une moralité à tout ça ? « On revient toujours des voyages, mais pas de celui-là », concède Agustin. Virgilio aurait pu ajouter : il n’y a pas de fumée sans feu. « Total, tu finis inquiet, angoissé, sans savoir pourqwhy. » Et le lecteur, lui, tordu de rire, obligé d’ouvrir la fenêtre -histoire d’aérer un peu- et de prendre un grand verre d’eau pour se rafraîchir en se disant qu’Acapulco en 72, c’était vraiment top cool.
Acapulco 72José AgustinTraduit (magnifiquement) de l’espagnol par Jean-Luc Lacarrière
La Différence360 pages, 138 FF

Agustin : à bord de la marie-jeanne Par Philippe Savary
Le Matricule des Anges n°20 , juillet 1997.
LMDA PDF n°20
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