La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Littérature, terre d’exil

janvier 1998 | Le Matricule des Anges n°22 | par Philippe Sizaire

Jean Claude Pirotte fait le récit de la Cavale devenue sa vie. Un homme en fuite écrit ce qui le fuit. Mais que les routes des vins ont de charme !.

Avocat à Namur, sa ville natale, Jean-Claude Pirotte est condamné en 1975 à une peine d’emprisonnement de vingt mois pour avoir favorisé la tentative d’évasion d’un détenu, fait qu’il niera toujours. Promu au rang de Fantômas de barreau, il se soustrait à l’exécution de sa peine en prenant le maquis. Placée sous le signe du « frère à venir », des lieux furtifs dont le fuyard s’approprie et épouse chaque fois « les formes, les accidents, les surprises », et du vin -cet « avenir de l’homme » -, la cavale qui donne son titre au roman est la chance qui rend Pirotte à sa vérité : la paresse (active) et le vagabondage (productif).
Placé en épigraphe sous le double signe de la frontière et de l’éloignement intérieur, le récit se veut une recomposition du souvenir. Il tente de mettre bon ordre dans l’anarchie des jours qui firent d’un père de famille un clandestin du sentiment, d’un poète d’occasion un écrivain, d’un accusé défendant son innocence devant la cour un homme obsédé par ses fautes et condamné sans recours par son tribunal intime. Des extraits du carnet de cavale de l’auteur alternent avec des pages où Pirotte part en quête de la vie « toute nue, toute crue » de ce type dont il ne sait plus rien, mais qui « doit bien se trouver quelque part dans ce carnet ». Il sonde ce qui n’y figure qu’en creux, et s’interroge : le héros en fuite, injustement accusé, n’est-il qu’un « falot personnage de roman de gare » ou bien plutôt un être (re)naissant à l’existence véritable dans « la lumière éblouissante de l’exil » ? La question restera sans réponse. Comme toujours chez Pirotte, le constat d’échec guette.
A peine déposé sur le papier, le mot est déjà périmé. La vie passe au large de l’écrit, comme un paysage défile par la vitre d’un train. Obsédé par la traque des images qui se dérobent tant sous son pinceau de peintre du samedi que sous sa plume d’écrivain du dimanche, Pirotte souffre de savoir qu’il lui est à jamais impossible d’imposer la liberté du ciel à sa peinture ou d’écrire la lumière, cette « sorte de voirie de l’âme » (Jaccottet). Constat de disparition, « déclaration d’absence » faisant écho à l’échappée perpétuelle des choses, la cavale est le thème pirottien par excellence.
Une fois posé son projet, le romancier se délite hélas au fil des pages. Convaincu -ou désireux de se convaincre- de son incapacité à mener à bien le « pensum » que lui a infligé son « orgueil enragé », Pirotte mène sa plume toujours ailleurs, renonce à aborder vraiment les choses. Le livre dès lors tient à son tour de la cavale : il se fausse compagnie, se perd (et nous abandonne) un peu en route. Il n’a d’autre valeur que de trace - incomplète, imparfaite. Mais pour Pirotte, cette trace sur laquelle il revient dans chacun de ses livres justifie seule « le droit d’être en vie, d’avoir été vivant ». Sauver de l’oubli « la visite d’un couple de pies, la chanson fragile du ciel, et l’agonie des pensées », c’est un peu se sauver soi-même ; c’est affirmer que « tout ce qui nous inspire le sentiment de l’ordinaire tient du miracle et de la magie », et que la seule façon de faire pièce à la cuisante incertitude du monde est de toujours réapprendre l’ignorance.

Cavale
Jean-Claude Pirotte

La Table Ronde
167 pages, 89 FF

Littérature, terre d’exil Par Philippe Sizaire
Le Matricule des Anges n°22 , janvier 1998.
LMDA PDF n°22
4,00