La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Poésie Les bras nus

août 1999 | Le Matricule des Anges n°27 | par Emmanuel Laugier

Entre 1972 et 1997, le poète Claude Royet-Journoud a publié une tétralogie dont l’écriture oscille entre physique mentale et abstraction du corps. Bilan d’une démarche singulière, proposé par d’autres poètes.

Je te continue ma lecture (textes réunis)

On ne sait pas grand-chose de Claude Royet-Journoud. En dehors de ses livres, dont les quatre volumes d’une tétralogie forment le corps principal (Le Renversement, 1972 ; La Notion d’obstacle, 1978 ; Les Objets contiennent l’infini, 1983 et Les Natures indivisibles, 1997) et de ses traductions et anthologies (entre autres, avec Emmanuel Hocquard, 21 + 1 poètes américains d’aujourd’hui, éd. Delta, 1986 et 49 + 1 nouveaux poètes américains, Éd. Royaumond, 1991). On sait qu’il fut co-fondateur et co-directeur avec Anne-Marie Albiach et Michel Couturier de la revue Siècle à Mains (1963-1970) et qu’il est né en 1941. Pas de textes critiques, d’essais, d’entretiens, pas d’explications publiques de son travail d’écrivain. Claude Royet-Journoud a choisi d’être dans une quasi-invisibilité, la discrétion plutôt que l’exposition. Pourtant, ses livres, depuis le premier en 1972, sont attendus par un certain nombre de lecteurs assidus et inconditionnels. Son écriture représente pour ceux-là un tournant incomparable dans la modernité et a l’effet d’une sonde profonde dans le paysage de la poésie contemporaine. Ses apports sont divers et contradictoires, multiples comme le sont les lectures. On parle de l’importance de la pensée du livre comme totalité interrogatrice, dans la suite de Mallarmé, Jabès…, de la force d’une écriture blanche et froide : interrompre la fiction, la narration, le récit, construire l’espace scénique de voix. Certains parlent aussi d’un « détective » caché entre ses pages, de meurtre, des signes et des procédés typographiques, de leur matérialité signifiante (tiret, rond, italique, gras, etc.), de l’abstraction de propositions défaisantes du sens (le meurtre ?), d’une physique d’objets disparaissant, de la fuite infinie de la présence (le détective ?), de la mort, d’une mystique au cordeau, sans dieu, réduite au théâtre de voix dans l’obscurité. On pourrait multiplier, par digression, comme un infini. Il n’est donc pas étonnant que cette œuvre suscite aussi de l’énervement, indiffère, insupporte, voire qu’elle puisse représenter pour d’autres lecteurs ce qui creuse et le malentendu de la poésie contemporaine et l’effondrement de son lectorat. Balivernes, baudruches et boules de gomme, tout cela appartient à l’opinion, comme à la critique, et ramène toujours un débat possible à ses simplifications les plus attendues (voir le partage que l’on institue entre la poésie dite littérale et celle nommée lyrique, ou le malentendu qui mit en crise le comité de la revue Action Poétique lors de la publication, en 1978, d’un dossier sur la poésie d’Anne Marie Albiach [N°74] auquel Claude Royet-Journout œuvra).
L’écriture de Claude Royet-Journoud, dépouillée à l’extrême, est, dans tous les cas, toujours en porte-à-faux avec un sens à y inscrire, à l’opposé d’une fiction à dresser. Tout se joue entre interrogations, constats et notifications de présences en voie de disparition. De ce jeu, on retient une forte présence physique de corps ployés par leurs formes abstraites, « le vers renverse la face du corps » dit très justement Francis Cohen. S’il est ainsi quasi impossible de citer Claude Royet-Journoud, parce qu’il faudrait avoir en tête tous les livres et leurs sous-divisions, comme un ensemble ou un circuit de connections très complexe, notons ces deux passages, distincts, comme deux sources d’intensités opposées et pourtant constitutives de l’aura Claude Royet-Journoud : « une phrase abandonnée/ c’est de là qu’ils partirent//// dans le simulacre/ le dehors nourricier// « et la race des fauves errants sur les montagnes » » (La Notion d’obstacle, 1978), et plus loin, « elle dit/ il faut trouver une place/ pour tout cela/ les choses collent au regard/ le trait tient lieu d’infini ». Avec ces « Mélanges pour Claude Royet-Journoud », publiés sous le titre de Je te continue ma lecture et réunis par Michèle Cohen-Halimi et Francis Cohen, plus de quarante auteurs cherchent à démêler le lien qu’ils ont avec le travail de cette œuvre. Bien plus encore, il ne s’agit pas là d’un arrêt sur lecture, ni d’un bilan, mais d’une lecture à venir, continûment à faire et à essayer d’une œuvre inclassable, qui échappe aux prises, aux idéologies et aux classements. Premier pas, et non des moindres, d’une typologie marquée par des auteurs aussi différents que Jacques Dupin, Anne-Marie Albiach ou Jean Grosjean… C’est d’ailleurs par un billet de l’auteur de La Gloire, membre du comité de lecture de Gallimard, que s’ouvre ce volume. Remarque laconique, d’une rare profondeur : « Épurer le langage de tout ce qui va sans dire pour n’ériger que ce qu’il dit est un projet prométhéen. On voit de loin mourir sur les falaises du vide le poète replié sur sa propre érosion. Mais pas Claude Royet-Journoud. On s’approche. Grand silence ». Le travail réalisé par ces Mélanges… est impressionnant, malgré l’absence de quelques repères bio-bibliographiques essentiels. Il pousse à relire les livres de l’auteur en question, à aller revivifier ses propres lectures. Il s’agit véritablement d’un travail d’amitié, dans le sens de ce qui « bouleverse la sensibilité générale », soit de ce qui « ne peut manquer de conduire à de nouvelles dispositions de pensée… » (Gilles Deleuze à Dionys Mascolo). L’écriture de Claude Royet-Journoud, extrêmement précise, sans hasard semble-t-il, ni jeu, y est montrée dans toute sa dynamique, d’ensemble ou de détail, d’Emmanuel Hocquard (« quatre livres. angles quatre […] une machinerie. un idiolecte ») à Jean-Luc Nancy, en passant par la très belle lecture en laisse numéroté de Michael Palmer, celle de Jacques Dupin, ou de Bernard Noël, très fine dans sa mise au point. Il faut également compter sur Martin Melkonian lorsqu’il compare les vocables du poète à des « banderilles d’os assouvies au ventre de lait », sur le tableau de Paul Auster, sur des approches très convaincantes (Susan Howe, Rosemarie Waldrop…), dont le formidable apport de Dominique Fourcade : « On renouvelle (écrit-il) parce que l’on y est contraint de l’intérieur de son sentiment de la langue, de son sentiment du monde, ce sentiment nous embarque. Chose amoureuse mentale exténuante, mais aussi affaire de grand naturel, (…) propriétés computationnelles du cerveau qui fait le poème (…) ». La page de Claude Royet-Journoud « met seule le poème en ligne, dans un étale à couper le souffle » : Je te continue ma lecture, sans aucun doute, continue notre lecture.

Je te continue ma lecture
Textes réunis par Michèle Cohen-Halimi et Francis Cohen
P. O. L, 240 pages, 150 FF

Les bras nus Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°27 , août 1999.
LMDA papier n°27
6.50 €
LMDA PDF n°27
4.00 €