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Domaine français Le détective et l’ironie

juillet 2000 | Le Matricule des Anges n°31 | par Éric Dussert

Dans son dixième ouvrage, l’essayiste et romancier Ariel Denis s’aventure avec nonchalance dans les turbulences de la géopolitique moderne.

Valigan, une enquête

C’est un curieux roman que ce Valigan, une enquête. Un livre en faux-plat un peu savonné. On y progresse tranquillement, savourant la succession d’anecdotes, l’amabilité et la virtuosité de l’auteur et l’on reste dans l’attente de ce qui résoudra l’énigme proposée ou du moment où le livre rejoindra le canon du genre « roman d’aventure » auquel il prétend appartenir. Ariel Denis est un manipulateur et une fine mouche. Il sait qu’il faut d’abord captiver le lecteur. Son roman démarre donc comme un bon vieux polar. Le narrateur est détective à Montparnasse où il possède une agence agréable et calme, son « centre fixe du monde ». À dire vrai, l’agence ressemble plutôt à une bibliothèque et lui à un rentier. Dilettante, il attend le chaland en citant Petrone, Char, Burroughs ou Paul Virilio, se promène, aiguise ses capacités oculaires sur les demi-mondaines dont il savoure le manège à La Rotonde et… attend. « Je savais qu’il allait se passer quelque chose tôt ou tard. »
Il n’a pas tort car surgissent dans le désordre la pulpeuse Wilhelmine et sa copine Marina, une lettre bizarre venue d’Europe centrale, Dervegovitch et Kracek, deux diplomates façon parapluie bulgare, une quadragénaire délaissée, une promenade en caboteur, un moment d’amour et cet ami secourable nommé Valigan, un homme mystérieux comme un avion furtif, assez subversif pour profiter de trafics en tout genre, physique comme un G.I., doublé encore d’un aigle de l’administration comme l’ENA n’en fabriquera jamais : l’Homme fantasmé par le XXe siècle. C’est évidemment grâce à lui que démarre l’épisode aventureux où, sous couvert de l’O.N.U., on part dans les Balkans à la recherche de la tombe d’un aïeul mort pour la France longtemps après l’armistice de 1918. Drôle d’idée.
Le narrateur est peut-être un détective comme son « collègue Lemmy Caution » mais il est à Bogart ce que le Canada Dry est à la Guinness. Ne voyez là rien de méprisant car la première de ces boissons est assez pétillante et ne manquerait pas d’un bon goût de pomme. Dans le contexte, vous pouvez remplacer « goût de pomme » par ironie et vous aurez une idée de la tonalité de l’ouvrage. Ce roman d’une fantaisie nonchalante se masque derrière l’abondance des événements. Avec des précautions oratoires réitérées, l’insistance avec laquelle il use des clichés du polar ou du récit d’aventure, Ariel Denis provoquerait bien une petite irritation, si ses points de vue sur le monde, le coulé de sa narration et sa malice n’aboutissaient à un aperçu grave sensiblement aussi désespérant que celui diffusé par Le Monde diplomatique.
Ariel Denis signe avec Valigan un livre méditatif : le retour de la guerre dans les Balkans, l’Europe inerte, le cynisme ou l’incurie sont des sujets propres à titiller la mémoire politique des nations. Ces menaces resurgissent là comme un avertissement plié dans une enveloppe venue du fin fond des Balkans -et de l’Histoire- enjoignant le narrateur au souvenir. Celui de sa jeunesse à Villeurbanne ou celui des lectures qu’il distille avec une simplicité qui force l’admiration. « Prima la musica », explique-t-il avant de citer ceci qui pourrait apporter une clé à ce livre peu commun : « Le Génie de la narration (…) est un esprit communicatif qui volontiers introduit ses lecteurs en tout lieu (…) pourtant il sait aussi se taire et éviter discrètement les choses qu’il lui semble trop incongru de représenter. Et à son exemple que l’on nous pardonne- nous éviterons de peindre ces transports et les laisserons inexprimés dans les ténèbres. » Dont acte.

Valigan, une enquête
Ariel Denis

Champ Vallon
237 pages, 110 FF

Le détective et l’ironie Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°31 , juillet 2000.
LMDA PDF n°31
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