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Poésie Comme un printemps

juillet 2000 | Le Matricule des Anges n°31 | par James Sacré

Le Capitaine Nemo

Le Nom des fleuves

Il semble que les choses, dans les poèmes d’Éric Sautou, les choses ou les très légers vers de quelques mots, sont comme autant de fugitifs mouvements de vie dans un jardin (« on dit des mots simples/ on avance dans l’air », Fleuves, p.37). C’est à chaque instant comme un printemps, même si de la mélancolie pas loin (« on est vivant sur les chemins/ on regarde s’éloigner », Fleuves, p.49). Comme la disparition presque acceptée de la vie, mais quelque chose d’étonné aussi, là tout à coup, et qui persiste. Rien cependant qui s’en aille vers des évidences, ni vers la simplicité naïve (« on heurte les mots », Fleuves, p.45). On peut croire entendre une voix d’enfant qui chante, désœuvrée au jardin, heureuse ou quelque peu inquiète. Mais cet enfant sait qu’il chante et sans doute qu’il a remarqué déjà qu’il compose son chant : La simplicité du poème, du coup, s’en va là où c’était pas prévu, en des emmêlements d’une présence des choses (ou des mots) et de leur soudaine en allée.
Le monde est bien comme d’emblée donné à voir (à prendre). Cela se fait de diverses façons : lancées anaphoriques du « on » plus un verbe par exemple (souvent le verbe aller : « on va vers les forêts », Fleuves, p.22 ; « on va dans l’air », p.32 ; « on va dans l’équilibre » ; p.35), ou fragments nominaux comme autant d’affirmations de présences. Le poème prend souvent conscience de cela lorsqu’il pense à ses propres mots : « les mots réussissent », Fleuves p.10 ; « les mots sont possibles », p.15. Et tout un ensemble thématique précis construit en effet un monde tangible et concret : La maison, la pomme, le cheval, un chapeau, l’échelle… Si chaque vers a l’air d’être une solitude c’est comme celle de chaque iris dans le parterre du jardin, chacun est une forêt : « On cueille l’iris (…) je vois des forêts lointaines », Fleuves, p.15. On ressent d’autant mieux cela que chacun de ces motifs finit par se mêler aux autres : « le toit est dans l’herbe/ j’ouvre la pomme » Nemo, p.13 ; « des maisons de pommes », Nemo, p.31 ; « c’est une maison noire/ le ciel au-dessus de l’échelle », Nemo, p.30.
Mais très vite si mêlés les uns aux autres, ces motifs, qu’on ne sait plus très bien soudain ce qu’on voit, ou ce qu’on est (comme le fait sentir le très poignant, mais quasi distant, poème de la solitude qu’est C’est à peine s’il pleut (La Crypte, 1990). En fait tout s’en va, dans presque le moment où tout semble donné : « les mots ne sont pas vrais longtemps » Fleuves, p.8 ; « paroles qui s’en vont », p.26 ; « les mots sont l’absence », p.50. Dans Profil perdu par exemple (L’horizon vertical, 1994), l’élan (« courir/ dans le vent froid courir/ je te vois/ je te vois je t’aime », p.19, est toujours aussi déjà autre chose : « chaque instant le premier instant/ d’on ne sait quelle indifférence », p.15. Cette écriture de l’étonnement désorienté aboutit à une sorte d’émiettement du poème : ces légers vers très courts à peine formulés en phrases et souvent qui égarent leur sens en des tremblements (émus, savants) de reprises et de répétitions : « ton visage/ visage/ nous deux nous » (Profil perdu, p.18), ou la « cabane bleue/ et blanche » du poème Reykjavik (Nemo, p.29) qui, assez, « se perd/ maison de mots sur le banc ». La ponctuation aussi s’est défaite (mais ne la voit-on pas, comme un désir quand même de contenir ou de rythmer du sens, dans ces points qui séparent chaque vers ou groupes de vers ?), et le texte se fracture ou se condense en d’imprévues anacoluthes : « une barque seule/ et ne ressemble pas », Nemo, p.48. Tout s’en va : « les poissons s’éloignent », Fleuves, p.16 ; « on démonte la forêt », p.17 ; « une histoire s’en va », p.51.
Il n’empêche. Les livres d’Éric Sautou dans leur fragilité montrée (aussi bien dans ce qui est peut-être dit que dans les façons du dire -si peu de choses, et pas tant de mots) se construisent et se donnent en une remarquable continuité de formes et de formulations. J’ai plus haut évoqué le tressage de ses motifs ; le traitement des titres et l’enchevêtrement des divers livres est un autre exemple de cela. Quelque chose dure, qui semble inépuisable, depuis le premier livre. Le dernier, Le Nom des fleuves reprend, mais disposés autrement, des poèmes des Illustrations (Le Manège du cochon seul, 1996). On trouve à la page 13 de Profil perdu le titre d’un livre précédent, C’est à peine s’il pleut, avec, plus loin, quelques-uns de ses poèmes (là encore sous une forme nouvelle). Et dans Le Capitaine Nemo il y a celui du Nom des fleuves, p.43 (avec des vers venus des Illustrations).
Ainsi va-t-on dans ce qui devient une écriture singulière (c’est-à-dire qui permet à chacun de se saisir autrement du monde et des mots) entre la tendresse et la discrétion que pourraient être des gestes dans un jardin qui accueille, et entre une active mélancolie qui sait trop bien l’indifférence du monde et de tout. Sans doute aussi celle des mots (« les mots sont effacés toujours sont effacés », Nemo, p.33). Cette tension de l’être et de l’écrire entre ces deux mouvements permet sans doute l’étonnante et fragile cohérence de ces livres. Tout est là : tout qui s’en va.

James Sacré
James Sacré est écrivain et poète, dernier ouvrage paru : Si peu de terre, tout (Le Dé bleu)

Éric Sautou
Le Capitaine Némo

Tarabuste
Le Nom des fleuves
Le Dé bleu
56 et 80 pages, 60 et 75 FF

Comme un printemps Par James Sacré
Le Matricule des Anges n°31 , juillet 2000.
LMDA PDF n°31
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