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Théâtre Sauver la démocratie

septembre 2000 | Le Matricule des Anges n°32 | par Laurence Cazaux

Trois nouvelles pièces de l’anglais Edward Bond viennent d’être traduites, de vrais jeux de massacre qui posent la question de notre humanité.

La lecture d’Edward Bond est toujours aussi violente, désagréable, jubilatoire et nécessaire. Pour Bond, le théâtre est « le lieu où l’on peut explorer ce qu’être humain signifie. On croit souvent que ce qui fonde l’humain, c’est la pensée, la raison. C’est une idée très française. Or ce qui nous différencie de l’animal n’est pas la pensée, mais l’imagination… Ce qui décidera si nous allons ou non nous détruire dans les cinquante prochaines années, c’est ce que nous ferons de notre imagination… » (Charlie hebdo du 31 mai 2000).
Café et Auprès de la mer intérieure, achevées en 1995 et 1997 sont très marquées par les atrocités de la guerre civile en Yougoslavie. Auprès de la mer intérieure a été écrite pour une troupe de Birmingham qui se produisait devant un public d’adolescents. C’est une pièce courte, ramassée et du coup très percutante. Un garçon doit passer ses examens. De son livre d’histoire surgit du passé une mère avec son bébé, quelques instants avant qu’elle ne pénètre dans une chambre à gaz. Elle demande à l’étudiant de raconter une histoire, afin que son bébé vive. « Quelle histoire écrirait-on sur le flanc d’un tank… Quelle est l’histoire que la mère a racontée à son petit enfant alors qu’ils étaient blottis l’un contre l’autre dans la chambre à gaz… Quelle est la véritable Histoire -cela pourrait être le titre. » L’écrivain met souvent en jeu l’enfance massacrée, parce que « l’enfant exige davantage du monde et le met davantage en question que ne le font la plupart des adultes ». L’exigence de Bond par rapport au théâtre dit scolaire est remarquable. « (…) lorsque l’imagination n’est pas créatrice elle ne peut être que destructrice. Et c’est précisément parce qu’elle a une importance de cette nature que l’imagination ne peut pas s’enseigner. (…) c’est pourquoi le théâtre est si important pour la démocratie. L’imagination ne peut pas s’enseigner, mais il est possible de la rendre créatrice. Tel est, dans la crise du monde moderne, l’aspect le plus important de l’éducation. » À méditer de toute urgence.
Les deux autres textes empruntent des chemins plus inattendus et déroutants. Café, une tragédie, se déroule dans un contexte de famine et de guerre. C’est une descente aux enfers, dans la « grande fosse », où s’entassent les morts de tous les massacres. Le lecteur a l’impression de suivre des personnages mais qui pourraient mourir plusieurs fois, de manières différentes.
Au petit matin est une pièce drôle, mais d’un humour féroce et grand-guignol. Bond situe cette farce cruelle pendant le règne de la reine Victoria. Les princes héritiers, Georges et Arthur sont des frères siamois. Georges est le préféré de sa mère, mais c’est Arthur qui possède le cœur, impossible donc de les séparer. La pièce est une succession de meurtres et d’empoisonnements pour le pouvoir. Seul Arthur tente d’échapper à cette violence. Mais la solution qu’il finit par trouver est l’extermination de tous ses semblables. La pièce se termine alors au paradis dans un délire surréaliste. Les hommes se dévorent allègrement des bouts de jambes ou de tête qui repoussent éternellement. Arthur, en refusant de manger son prochain, provoque la souffrance en plein paradis. Sa famille va donc chercher à le dévorer entièrement avant qu’il ne puisse repousser.
Bond nous met devant les yeux un miroir de notre société de « consommation et de carnage ».Une lecture électrochoc.

Edward Bond
Auprès de la mer intérieure

Traduit de l’anglais par Catherine Cullen
Café
Traduit par Michel Vittoz
et Au petit matin
Traduit par Georges Bas
L’Arche
92, 120 et 112 p., 69, 75 et 79 FF

Sauver la démocratie Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°32 , septembre 2000.
LMDA PDF n°32
4.00 €