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Domaine français Un Don Quichotte très lucide

avril 2001 | Le Matricule des Anges n°34 | par Thierry Guichard

Par touches successives apposées autour de mots du lexique, René Pons poursuit un autoportrait à l’encre acide. Une façon d’être vivant sans être de ce monde.

Petit dictionnaire subjectif

Écrivain en retrait (mais pas en retraite), graphomane obsessionnel et insomniaque, René Pons se livre ici à un exercice lexical. Ayant choisi quelques mots de son vocabulaire favori ou honni, il ne propose pas une définition pour chacun. Son projet est plutôt de donner un objet à son désir de toujours écrire. Les mots convoquent ainsi des textes fragmentaires qui, rassemblés, font un autoportrait lucide de celui qui les a choisis. Loin de revêtir l’habit vert d’académicien, René Pons préfère le désordre de la pensée et des associations d’idées à l’ordre de l’alphabet. Les mots viennent donc ici dans une logique d’écriture. C’est dire que ce dictionnaire se lit comme un roman (bien que l’auteur renierait un tel mot).
On ne peut que s’imaginer, à la lumière de cette lecture, un René Pons nuitamment rivé à sa feuille, au cœur d’une garrigue douloureusement froide l’hiver, écrasée sous le soleil (mot d’importance) l’été. L’écrivain arpente le lexique avec l’énergie de ses colères aussi nombreuses que saines, maudit l’aigreur qui sonne à la porte de sa conscience, fustige jusqu’à son propre désir de faire des livres, lui qui sait combien dérisoire est l’homme. Et qui fait de ce savoir jusqu’à sa propre chair.
René Pons est un perdant. Un perdant dans une société qui préfère les beaux parleurs à ceux qui ont quelque chose à dire, qui met à sa tête une élite politique dont la culture est inversement proportionnelle au désir de pouvoir. Il y aurait donc, chez cet ermite, un désir don quichottesque de partir en guerre contre les moulins cathodiques. Partir en restant résolument chez soi où il s’« enferme à clef, et (se) garde bien de faire réparer (sa) sonnette ». Ce Don Quichotte-là est lucide et on sait les ravages que la lucidité peut faire sur ce genre d’hommes.
Si le monde des vivants ne lui paraît habitable qu’à partir du moment où il y serait le seul humain (mais il y a la gelée blanche sur les herbes et les insectes et les oiseaux), il garde plus qu’une tendresse pour l’univers des morts. Pas n’importe lesquels il est vrai : ses amis se nomment Montaigne, La Bruyère, Rilke, Bashô et le commerce qu’il entretient avec eux se nourrit de son atemporalité. Il y a aussi les « fantômes » : correspondants sans corps et sans voix, lecteurs émus pour lesquels, régulièrement, il confie aux services postaux quelques missives écrites en trempant « sa plume dans l’obscurité pour en tracer des signes au soleil de la lampe. » Une fraternité platonique qui trouve sa raison d’être dans une phrase de Rilke : « Ah ! qu’il fait bon être parmi les hommes qui lisent ». Le livre « peut nous faire traverser les murs de cette prison que nous sommes à nous-mêmes. »
Si sa plume de moraliste fait parfois penser à La Bruyère ou à Cioran (« la politique, comme le guignol lyonnais, est un spectacle en voie de disparition, malgré les efforts de certains pour en rafraîchir les marionnettes »), c’est dans une humilité plus timide qu’elle se trempe pour approcher ce qui l’émeut : la littérature. Quelques lignes sur Guyotat, un hommage à Montaigne ses autocritiques font regretter que le bonhomme ne poursuivent pas plus loin l’analyse du fait littérature. On a du mal à voir aujourd’hui en René Pons le chantre dogmatique des avant-garde qu’il fut. Penché au cœur de l’obscurité sur sa page blanche, ce n’est pas la lumière aveuglante du savoir qu’il cherche mais une obscurité plus opaque encore : la sienne. On comprend dès lors, que dans ce noir d’encre, ce Diogène ne voie pas que finalement il aime les hommes.

Signalons les Carnets du graphomane (Cadex 228 pages, 140 FF) d’un égotisme parfois amer : « La vie n’est qu’un long malaise étiré. »

Petit dictionnaire
subjectif

rené pons
Le Bruit des autres
217 pages, 110 FF

Un Don Quichotte très lucide Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°34 , avril 2001.
LMDA PDF n°34
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