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Domaine étranger Panorama de la misère

août 2001 | Le Matricule des Anges n°35 | par Gerardo Lambertoni

Dans la dêche à Paris et à Londres

Parmi les premières oeuvres de George Orwell figure une hallucinante plongée dans les bas-fonds. Vagabondages en Europe au plus près des disgraciés.
« Le sujet de ce livre c’est la misère. » En 1933, douze ans avant La Ferme des animaux, et quinze avant son illustrissime 1984, George Orwell publie Dans la dèche à Paris et à Londres : « Une leçon de choses dispensée par des individus menant des vies plus impossibles les unes que les autres ». Une leçon de choses dont il a été lui-même le cobaye.
D’abord à Paris. Où il survit en compagnie de son pote Boros (un ancien officier du tsar) parmi les traîne-misère, la faune du quartier à l’épreuve de cette débine « qui rejette le futur dans le néant ». Ces pauvres hères, ces mendiants, ces parias qui crèvent de faim, luttant contre les punaises, et s’éreintant à trouver le chemin du mont-de-piété. Orwell livre ses édifiantes impressions sur la vie d’un plongeur dans les sous-sols, dignes d’un asile de fous, d’un grand hôtel parisien. En tirant les conséquences qui s’imposent à lui concernant l’exploitation des hommes, les castes enfouies au fin fond du monde du travail, établissant la nomenclature personnelle de son magasin de jeunes antiquités dickensiennes. (On regrettera cependant quelques notations sur les « juifs » à toutefois remettre dans le contexte ; ainsi que la répétition quasi à l’identique du poncif : « Maria, une espèce de grosse paysanne lourdaude », page 115, et « Azaya, une grosse paysanne lourdasse », page 125.)
Ensuite à Londres. Accompagné d’autres misérables déchets d’humanité, de trimardeurs tels Paddy l’Irlandais ou Bozo l’artiste du trottoir. Le reportage-dénonciation nous traîne de refuges aux draps couleur terre de Sienne… « C’est un récit bien banal et j’espère qu’on lui reconnaîtra à tout le moins les mérites qu’on reconnaît d’ordinaire à un journal de voyage ». Sans haine, sans violence, avec justesse de ton, réserve et lucidité, Orwell nous décrit ces hommes (il n’y a qu’un dixième de femmes) alléchés par la promesse d’un thé gratis et de deux tartines ; ces vagabonds qui errent de ville en ville, sans même pouvoir coucher dehors, d’ennui en ennui, de pensions sordides en abris de l’Armée du Salut. (Combien aurait été instructif le point de vue d’Orwell sur La Cité de Refuge de Le Corbusier !, hélas seulement inaugurée fin 1933 à Paris).
Le récit laisse ensuite la place à de savantes notes d’Orwell sur les injures et l’argot londonien de l’époque ; puis ses remarques générales sur les chemineaux avec l’avance de propositions concrètes et l’espoir de solutions.
Côté anglo-saxon l’expérience d’Orwell se situe à égale distance dans le temps de Charles Dickens et de Robin Cook (qui comme Orwell a fréquenté le collège d’Eton) ; on la mettra en résonance avec la description des « tramps », les parasites cyniques de Jack London, et le Tropique du cancer de la mouise parisienne d’Henry Miller (1934), ainsi que sous une forme plus romancée, au retentissant Requiem des innocents (1952) de Louis Calaferte. Le relais romanesque et contemporain étant assuré par La Lutte finale de Conrad Detrez, Le Roi des ordures de Jean Vautrin, et tout un pan du roman noir. On peut imaginer que le slogan régissant l’univers de Big Brother, « La liberté c’est l’esclavage », découle en droite ligne des vagabondages européens d’Orwell.

Dans la dèche à Paris et à Londres
George Orwell
Traduit de l’anglais par Michel Pétris
10/18, 291 pages, 47 FF (7,17 o)

Panorama de la misère Par Gerardo Lambertoni
Le Matricule des Anges n°35 , août 2001.
LMDA PDF n°35
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