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Domaine français L’amour, les lettres et le silence

septembre 2001 | Le Matricule des Anges n°36 | par Pierre Hild

D’une passion tue, d’une distance avec l’être aimé, Jean-Paul Chabrier donne un texte sensible où le vagabondage rejoint le coeur de l’écriture.

Pendant que tu étais à Florence

La littérature… elle est quand même et d’abord épistolaire. » Ces mots, lâchés par Jean-Claude Pirotte dans le dernier numéro de la revue Brèves*, Jean-Paul Chabrier les illustre brillamment dans son cinquième ouvrage, Pendant que tu étais à Florence, suite d’adresses publiées sous l’égide du premier cité dans sa nouvelle collection « lettres du Cabardès (et d’ailleurs) » à La Table ronde.
« Ma vie, qui ne vaut pas tripette, tu l’auras compris tout de suite, je l’ai destinée à la littérature, en songeant que cette vieille dame respectable présentait l’avantage de me procurer la solution la plus nonchalante, pour moi, de passer le temps. On aura donné de la littérature, j’imagine, d’autres définitions plus alertes et plus vives, mais c’est la mienne. Ce qui revient à dire que, depuis tant de temps, en essayant d’écrire mes opus inconfortables, je t’attends. » De cette confession découle le texte. Un homme, un écrivain, de ceux qui fraient avec les « hommes brisés », décrit le temps de l’attente qui est le sien, métronome bancal et nonchalant. Il projette d’écrire avec ses bouts de vies qu’il flambe, « petites choses, éclats de voyages, courts rêves, pensées qui viennent au gré des promenades. » Mais ce qu’il ramasse ne s’arrête pas là : il y a, partout, les « morceaux de son coeur », la pensée de la femme aimée, lointaine, qu’il ne sait qu’aimer en silence. La vacance qu’il s’offre pour rester libre se heurte alors au mur d’un manque que les lettres viennent combler, comme un leurre, puisqu’on « ne combat pas l’absence ».
Portrait souvent pathétique, parfois roublard, de soi-même en artiste incapable d’être pleinement avec l’autre autrement que par le fil de l’écriture Pendant que tu étais à Florence diffuse un charme qui excède de beaucoup la « lamentation » d’un coeur sensible. Faussement débraillé ou désinvolte, ce récit se raccroche, à sa manière, à une lignée et des fantômes qui va de Pétrarque à Nabokov et sa Colette - « Je voudrais t’aimer Laurence, comme il a aimé Colette, cet été-là, même si c’est absurde » -, en passant par Rilke et Wittgenstein. Loin de l’étalage d’une culture livresque de matamore les lettres traduisent combien pour l’être de littérature qu’est Chabrier la compagnie et le renfort, le recours, aux vies plus réelles qu’imaginaires de ces livres permet l’éclosion solitaire d’un sentiment et d’une vitalité qu’il se refuse. Tout est là, dans ce balancier qui fouille les mystères d’incarnations sauvages. « Voyons voir : est-ce que, réellement je rêve de vivre ? je n’en suis pas certain, ou alors : c’est vraiment très récent. » Mouvement d’un balancier interrogeant aussi la démarche littéraire pour dire que « Peut-être la vie n’est-elle jamais assez présente dans tout ce qu’on raconte ».
Souvent proche des errements de son aîné Jean-Claude Pirotte, Chabrier fait de la fuite, de la divagation, du dynamitage du récit, la matière même de son écriture. A ce stade-là, loin d’un paradoxe, bien qu’exposé à longueur de récit, l’envie de vouloir écrire en se taisant s’entrevoit dans les lignes : s’y développe, masquée, une littérature de l’interstice, de la suspension qui ravit le lecteur.

Pendant que tu étais à Florence
Jean-Paul Chabrier
La Table ronde, 144 pages, 85 FF (12,96 )

*Pirotte est consacré par le No63 (144 pages, 60 FF) où quelques amis (Holder, Autin-Grenier, notamment) l’accompagnent.

L’amour, les lettres et le silence Par Pierre Hild
Le Matricule des Anges n°36 , septembre 2001.
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