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Domaine français Volodine sans vertige

novembre 2002 | Le Matricule des Anges n°41 | par Thierry Cecille

Explorant de livre en livre les affres de notre humanité, l’auteur de Des anges mineurs compose un nouveau concentré mental de cauchemars. En moins convaincant.

Si l’obstination dans la recherche d’une voix qui lui soit propre, si la fidélité à une vision, énigmatique et neuve, de la réalité ne peuvent que susciter notre respect envers un auteur, l’adhésion du lecteur exige cependant un plaisir (du texte si l’on veut…) qui a pour origine, en partie, l’étonnement, le heurt, la déprise -et non la simple reconnaissance du « c’est bien ça ». Depuis 1985 (LMdA N°20), Antoine Volodine poursuit obstinément l’exploration d’un monde à la fois suffisamment proche et différent du nôtre (cette « seconde réalité » dont parle Gide) pour qu’il puisse nous effrayer et nous émouvoir. Ses personnages s’y débattent dans les impasses de contre-utopies sanglantes, et, comme dans Des anges mineurs (prix du livre Inter 2000), psalmodient, la voix hoquetante parfois, les chants de deuil de victimes non-consentantes de l’Histoire. Ici Dondog, rescapé de camps où il lui arriva d’écrire récits et pièces (mais « Je devais constamment en réécrire d’autres pour me rappeler les histoires que j’avais déjà racontées ») part à la recherche de possibles victimes d’une vengeance aux mobiles incertains pour lui-même. À travers les couloirs obscurs d’immeubles en ruine, envahis par les rats et la moisissure, il rencontrera des témoins à la mémoire trouée, des interlocuteurs à l’identité floue. On retrouve l’usage efficace d’un lexique savamment terne et précis, une mécanique narrative habile (l’hésitation par exemple méticuleusement ménagée quant au statut exact du narrateur), la volonté de mettre en place des scènes à la fois oniriques et pourtant concrètes, qui composent comme un concentré des cauchemars de notre siècle – mais l’entreprise, ambitieuse, ne convainc pas totalement cette fois-ci.
La description des « blattes » que sont devenus les prisonniers des camps ne supporte pas la comparaison -qui s’impose sans qu’on le veuille : il ne s’agit pas là d’exigence critique mais de ces liaisons intimes qui forment, dans l’esprit du lecteur, la littérature- avec Levi, Antelme, ou Chalamov (puisque nous sommes plus près, semble-t-il, du goulag que d’Auschwitz), la relation des scènes d’extermination (puisque première et seconde « extermination des Ybürs » il y a) manque de force -en particulier car Volodine, sans doute, se refuse l’épopée comme le lyrisme, et s’en tient à une écriture neutre.
L’attirail de yacks, yourtes et chamanes, les dialogues d’un prosaïsme parfois pénible, le symbolisme assez lourdaud des lunettes spéciales qui permettent aux tueurs de ne pas voir les atrocités qu’ils commettent ressortissent peut-être plus à la BD futuriste, souvent creuse et prévisible, entre Bilal et Les Cités obscures, qu’à ce « post-exotisme » que Volodine théorise parfois. Comment ne pas au moins sourire, ou bien s’interroger avec quelque inquiétude, lorsqu’on lit, au terme du destin du narrateur, ceci : « Je fis deux pas, je ramassai une poignée d’encre ignoble, je me redressai de nouveau, j’allai plaquer les mains à hauteur d’yeux. Puis j’écrivis : DONDOG M’A TUER » ! Enfin, donner, au fil du livre lui-même, le mode d’emploi de sa lecture, en revendiquant une « monotonie spartiate » ou en nous expliquant, avec quelque componction : « pour ma part il m’avait toujours été impossible de raconter des histoires extraites de mon expérience vécue et réelle. J’inventais tout en puisant sans cesse dans ma mémoire, mais rien de mes inventions ne touchait véritablement au coeur de la douleur vécue ou du réel. Il m’aurait semblé monstrueux d’entreprendre un récit à partir de là » – n’est-ce pas, à la fois, fournir son propre commentaire et prévenir toute critique ? S’avancer masqué, oui, si à la longue le masque ne devient visage.

Thierry Cecille

Volodine sans vertige Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°41 , novembre 2002.